" La terre que nous foulons aux pieds est faite avec de l'histoire. Nous l'aimerions davantage si nous savions mieux la comprendre" .   
                                                                                                                 Edmond Haraucourt   (1856-1941)

          Sixième partie: La féodalité en pays de Sault - Ls origines de la famille de Nègre

          Cinquième partie: La vie au chateau - la mort de François d'Hautpoul

        Quatrième partie ; En 1422, le Razès passe aux mains des Hautpoul

          Troisième partie: Les voisins, les Marquefaves et les Hautpoul

          Deuxième partie : la naissance des dynasties féodales- La croisade

             Première partie                     Des origines de la province  du Languedoc à nos jours

    Sur le plan historique, Rennes-le-Château, tient une place importante dans l'histoire féodale de l'arrière pays audois. Le bourg, jadis appelé Redde, puis Regnes, qui s'élève à l'extrémité nord-ouest d'un vaste plateau et sur une éminence rocheuse, est le type même du site perché de l'époque médiévale, et on peut penser que cet emplacement fut celui de l’ancienne "Rhedae", site fortifié du moyen âge, historiquement et stratégiquement important par sa position clé. 
   Le bourg, qui s'étend sur la partie supérieure de la colline sur une grande partie du plateau du "Lauzet", a donné son nom à partir du VIIIe siècle au vaste pays qui l'entoure : le "pagus Redensis", qui par la suite prendra le nom de "comté de Razès". 
  Des recherches effectuées à la fin du XXe siècle par une équipe d'archéologues locaux et régionaux sous la direction du Docteur en Archéologie Guy Rancoule éminent spécialiste de la période de fer (700 ans Av JC au début de notre ère) ont permis de recenser une présence aux époques pré et protohistorique.
   Sur le vaste plateau du Lauzet ont  été recensés des abris et habitat de plein air du néolithique, du chalcolithique, du Bronze ancien, moyen et final, des grottes sépulcrales et plusieurs objets concernant  ces périodes qui ont permis de localiser une occupation dispersée des âges du Bronze et du Fer en divers points.
    
D'autre part, la présence d'un oppidum sur l’emplacement du village actuel, longtemps resté sans référence archéologique, est aujourd'hui admise et des preuves de présence d’un habitat groupé du début du 1er âge du Fer ont été découvertes. Cette présence conforte les raisons qui ont fait de ce site un haut lieu stratégique qui n'a pas manqué d'attirer de grandes migrations au cours des siècles.
   Avant d’aborder l’histoire locale, faisons une brève incursion dans les ouvrages anciens pour voir quel fut le rôle de notre région, quant aux origines de cette province du Languedoc, issue de l'Ancien Régime, qui s'étendait de la Garonne au Rhône et des derniers contreforts du Massif central d'une part et de la Méditerranée d’autre part. Une région, qui, contrairement à d'autres, a bâti son passé, suite à des évènements purement historiques.
  Ce nom de Languedoc en usage, vers la fin du XIIe siècle est la résultante de ce que, dans la langue du Midi appelée langue occitane ou le oui se disait oc, était opposée aux pays de langue d'oil  des provinces  du Nord, ou le oui se disait oil.
   Rattaché au domaine royal au XIIIe siècle le Languedoc s'étendait sur neuf départements et était divisé en trois provinces: 

   1/ Le Haut Languedoc, avec pour capitale Toulouse, qui comprenait le Toulousain (Haute-Garonne), l'Albigeois (le Tarn), la région de Castelsarrasin (Tarn et Garonne) et diverses régions constituant la partie occidentale du département de l'Aude. 

   2/ le Bas Languedoc, capitale Montpellier, comprenait  le reste du département de l'Aude, l'Hérault et le Gard, qui furent réunis administrativement au Bas-Languedoc, au fur et à  mesure de leur annexion au domaine royal: Le Gévaudan (Lozère) capitale Mende.  Le Vivarais (Ardèche) capitale Viviers et le Velay (Haute-Loire) capitale le Puy. 

    Ce rassemblement de provinces  donna alors au Languedoc sa propre unité et par son étendue, réunissant la Vallée du Rhône à celle de la Garonne. Elle devint également un pays de passage, et une voie d'invasion, où se succédèrent les Romains, les Barbares, les Français du Nord qui tour à tour l'envahirent, en lui apportant la civilisation mais également la ruine. 
   L'annexion du Bas-Languedoc en 1229 ouvrait pour la première fois depuis l'avènement d'Hugues Capet, un accès au domaine royal sur la Méditerranée. Durant les quatre premiers siècles de son rattachement au domaine royal, du traité de Paris en 1258, par lequel Saint-Louis renonçait au profit du roi d'Aragon à sa suzeraineté sur le Roussillon et la Catalogne, jusqu'au traité des Pyrénées en 1659, par lequel Louis XIV acquérait le Roussillon, le Languedoc fut une province frontière, porte d'entrée de la France pour l’'Espagne, d’où, l'importance  qu'attachèrent les rois à sa fidélité. 

     l'invasion  wisigothe

    A l'époque du paléolithique vivaient en Languedoc des peuplades de chasseurs, remplacées au néolithique par des cultivateurs, deux peuples de l'antiquité, qui laissèrent de nombreuses traces de leurs passages, que découvrirent les Grecs et les Romains  lorsqu'ils qui s'établirent sur les côtes de la mer méditerranée vers l'an 450 av. J.-C.
   Vers l'an 300 av. J-C, les Celtes ou Gaulois, venus de Gerrmanie, après avoir conquis le Nord de la France, ils occupent le Languedoc. Constitués de deux tribus, les Volques Tectosages s’installèrent en Haut-Languedoc et es les Volques Arécomiques en Bas-Languedoc, 
   Avant eux, les navigateurs Grecs, Phéniciens ou Carthaginois, peuples méditerranéens ayant une civilisation très avancée avaient fondé des ports sur la méditerranée et y avaient établi des centres de commerce. Les Grecs de Marseille fondèrent à cette époque Agde, dont le nom signifie "la Bonne fortune".
   En 218 av. J. -C, le Carthaginois Annibal, maître de l'Espagne, voulant conquérir l'Italie, emprunta la route qui suit la plaine du Bas Languedoc, mais échoua dans son entreprise. Ce sont les Romains, qui, s'emparant de l'Espagne, réunirent ce pays à l'Italie en occupant la Provence en 122 av. J -C et le Languedoc en 120 av. J -C.
   Cette annexion fut réalisée par le proconsul Cneius Domitius qui, souhaitant romaniser le pays, fit construire sur le tracé de la vieille route préhistorique, une belle route dallée nonmée voie Domitienne.
    En 118 av. J. -C une colonie romaine s'établit à Narbonne qui devint sous l'Empereur Auguste, le chef-lieu d'une province romaine: "la Narbonnaise", qui outre le Languedoc, comprenait la Provence,  qui par la suite en fut détachée et forma la "Deuxième Narbonnaise".
Narbonne resta le chef lieu de la première Narbonnaise englobant le Languedoc et le Roussillon. Cette colonie se gouvernait par elle-même, par ses magistrats et suivant ses lois.
   Grâce à la colonisation et aux échanges qui avaient lieu avec Rome, la romanisation du pays des Volques fut telle qu'ils renoncèrent peu à peu à leur langue pour le latin. C'est du latin que dériva la langue provençale, dont un dialecte, l'occitan, parlé dans les campagnes du Languedoc, et à tort le patois. Le christianisme n'apparaîtra dans la province que vers l'an 250 , année où Saint-Sernin ou Saturnin, premier Evêque de Toulouse fut martyrisé. A cette époque, Saint Paul, était le premier évêque de Narbonne.
    Au cours du Ve siècle, l'empire romain fut envahi sur toutes ses frontières par les Wisigoths ou Goths de l'Ouest, peuples barbares qui le parcoururent en tout sens ne laissant que ruines sur leur passage. En infériorité pour les chasser, les empereurs romains furent obligés de traiter avec eux et leur céder les provinces qu'ils avaient conquises.
   La première Narbonnaise eut affaire aux Wisigoths qui avaient pris et pillé Rome en 410, passèrent en gaule en suivant la voie Domitienne et s'emparèrent de Narbonne en 412, mais par suite d'un traité avec l'empereur, ils quittèrent la Gaule pour occuper l'Espagne. Ils n'observèrent que peu de temps ce traité et en 419, leurs armées repassèrent les Pyrénées, s'emparèrent à leur tour du bassin de la Garonne, y compris le Haut-Languedoc et en 462 le Bas-Languedoc. Toulouse fut alors capitale de ce royaume Wisigoth qui prit le nom de "Royaume de Toulouse"Ces Wisigoths qui avaient embrassé l'hérésie arienne persécutaient les populations et les évêques de leur royaume, qui firent appel à Clovis et aux Francs, qui s'étaient récemment convertis au catholicisme. Clovis, à la tête d'une puissante armée, les battit dans la plaine de Vouillé en 506 et leur reprit tout le bassin de la Garonne, ne leur laissant, en dehors de l'Espagne, que le futur Bas-Languedoc (Gard-Hérault-Aude), qui porta le nom de Gothie ou Septimanie (1) et le futur Roussillon (Pyrénées-Orientales). Convertis au catholicisme, les Wisigoths s'assimilèrent aux populations gallo-Romaines sur lesquelles ils étendaient leur domination, quant survinrent les Arabes nouveaux envahisseurs. Leur invasion et leur défaite se déroulèrent, à trois siècles de distance, d'une façon presque identique à celle des Wisigoths. Venus d'Afrique par le détroit de Gibraltar en 711, ils soumirent rapidement la population chrétienne. Les Pyrénées franchies ils s'emparèrent de Toulouse, Narbonne et Carcassonne en 725 et par la suite de tout le bassin de la Garonne.
     En 732, alors qu'ils cherchaient à envahir le Nord de la France, ils furent battus par Charles-Martel près de Poitiers. Comme les Wisigoths, ils furent refoulés en Espagne, ne conservant au Nord des Pyrénées que la Septimanie, d’où ils furent chassés en 759 par Pépin le Bref, premier roi carolingien. Pépin eut la gloire d'unir la Septimanie à la couronne de France, non pas par droit de conquête, mais par un traité solennel, suivant lequel les Goths, qui occupaient ce pays en vertu de la cession des empereurs romains, le cédèrent à leur tour aux français dont ils avaient invoqué le secours, afin de s'affranchir de la domination des infidèles.

   Ce traité fut le principal fondement des libertés et des privilèges assuré à la province et maintenu pas les rois. Le droit romain devint alors en Septimanie une loi réelle et territoriale, que Charlemagne confirma en 788.  
   Indépendamment aux trois sénéchaussées existant en Languedoc, existait une autre division du territoire : "le diocèse"Jusqu'au milieu du XIV e siècle, dans le territoire ecclésiastique de Narbonne, la municipalité de Narbonne et celle de Limoux formaient une seule municipalité avec le territoire ecclésiastique d'Alet.
   Charlemagne forma, d'un démembrement du comté de Narbonne, le comté du Razés dont Limoux était alors la capitale, et qui renfermait tous les territoires compris dans le district de la municipalité de Limoux et de l'évêché d'Alet.
                                
   Le "Conté du Razès" désignait à cette époque un vaste territoire, qui dépendait de l'Evêque de Narbonne, et s'étendait entre Saint-Martin Lys et Cailhavel, englobant les actuels cantons de Limoux, Quillan, Couiza, Alaigne, plus une partie du territoire de Saint-Hilaire et de Fanjeaux.
   Dans chaque pays des ducs, des comtes, des centeniers et des dizeniers, étaient chargés de toute l’administration, et devaient en rendre compte à deux commissaires impériaux (missi dominici), ordinairement un évêque et un seigneur laïque, qui parcouraient le rotaume quatre fois l’an, pour exercer la justice et réformer les abus. Leur plan de conduite était traçé par l’Empereur..
 missi-dominici-1.jpg  En 798, un poème nous retrace un voyage en Septimanie qu'effectuèrent Théodulfe, évêque d'Orléans, et Leydrade, archevêque de Lyon, envoyés en tant que "missi dominici", par l’Empereur, qui désirait subdiviser ce vaste territoire en unités plus petites et mieux définies: ( "inde revidentes te, carcasona, rhedasque, menibus inferimus nos, cito narbo tuis ) Le nom de Redae apparaît, pour la première fois dans un texte (Histoire générale du Languedoc de "Dom de Vic et "Dom Joseph Vaissette " tome 2 pages 153  et 154) 

    " Charlemagne qui secondoit Ie zèle d’ Alcuin pour la religion, n’avoit pas moins d’attention pour faire fleurir la justice ; il prenoit sur‑tout un soin particulier de n’envoier pour juges ou commissaires dans les provinces que des personnes d’un mérite distingué et d’une intégrité reconnue. Tels etoient Leydrade archevêque de Lyon et Théodulfe évêque d’Orléans que ce prince commit pour rendre la justice dans la Septimanie en 798 et à qui il joignit sans doute, suivant l’usage, deux comtes ou deux adjoints séculiers dont nous ignorons Ies noms. Théodulfe nous a conservé la mémoire de cette commission dans un de ses poèmes où il exhorte Ies autres juges ou envoiez (Missos dominicos) ses collègues à rendre exactement la justice, et fait par occasion le récit du voiage qu’il entreprit sur ce sujet avec Leydrade son associé.
   Leur juridiction s’étendoit dans toute l’ancienne Narbonnaise, à la réserve du Toulousain dont Théodulfe fait cependant mention  en passant, et qu’il place dans l’Aquitaine.
   Ces commissaires partirent de Lyon, et après avoir parcouru les villes situées à la gauche du Rhône, ils entrèrent dans la Gothie et passeront à Nîmes, ville, dit Theodulfe, également considérable et spacieuse, d’où après avoir marché entre Maguelonne et Substantion, laissant la ville d’Agde sur la gauche, ils se rendirent à Béziers, et de là à Narbonne.
    L’évêque d’Orléans fait l’éloge de cette dernière ville qu’il met au dessus  de celle d’Arles. Il se loue extrêmement de l’accueil que lui firent les habitans qu’il appelle ses (parens consanguineos).
   Ce prélat alla de cette ville avec ses collègues à Carcassonne, et de cette dernière à celle de Rasez (Redae) qui a donné son nom à une portion du diocèse de Narbonne, mais qui ne subsiste plus à présent.
    De la ville de Rasez les envoiez retournèrent à Narbonne où ils tinrent le plaid (Placitun) ou assemblée générale de la province, à laquelle se trouvèrent un très grand nombre d’ecclésiastiques et de séculiers. L’assemblée finie, les commissaires prirent la route de Provence, et terminèrent leur commission à Cavaillon".
   
Ce n'est qu'à la fin du IXe siècle que se constitue "le comté de Rhedez" (Comitatus Redensis, 870-873).

   (1) On nomma autrefois  Septimanie, la portion du littoral de la mer Méditerranée qui a appartenu aux Wisigoths, du Ve au VIIIe siècle de l'ère chétienne, eu égard aux sept cités épiscopales qu'elle comprenait: Toulouse, Narbonne, Béziers, Agde, Nimes, Lodève et Uzés. Ces deux dernières villes ayant été , ainsi que Toulouse, postérieurement conquises par les Franks, ont été remplacées par Carcassonne, Maguelone et Elne.

 

   

Date de dernière mise à jour : samedi, 07 Septembre 2013

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