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                                                                    Les passé archéologique de Rennes

 vieille-carte-de-regnes-1.jpg  L'agglomération de Rennes Rennes-le-Château, qui s'élève à l'extrémité nord-ouest d'un vaste plateau, est le modèle du site perché médiéval. Il occupe une éminence rocheuse, d’où on contrôle un important carrefour entre les chemins longeant le cours de l'Aude et celui venant des Hautes-Corbières. Même s’il ne subsiste guère de vestiges architecturaux conservés, il est hors de doute que cet emplacement est celui de l’ancienne Rhedae, site perché fortifié du moyen âge, historiquement important par sa position clé et son importance stratégique.
 A partir du 8e siècle, il a donné son nom au vaste pays qui l'entoure : le pagus Redensis, devenu ensuite comté de Razès. La commune s’étend essentiellement sur la partie supérieure de la colline, au sud, sur une grande partie du vaste plateau du Lauzet et de part et d’autre du versant qui surplombe le cours supérieur du ruisseau de Couleurs. Si les rives du ruisseau constituent certainement un accès direct vers l’Aude, la réalité d’une voie antique : le Cami-Roumiou  comme nous le décrit  le Docteur Courrent, traversant le plateau du nord au sud, qui aurait directement relié le Limouxin aux Pyrénées, celà, reste cependant à démontrer. 

       L'historique des recherches.

    Louis Fédié est le premier à souligner l’importance historique de Rennes-le-Château et consacre une partie de son travail à décrire une vaste agglomération d’époque wisigothique, qui aurait occupé, non seulement l’emplacement du village actuel, mais aussi une large partie du plateau, jusqu’à la colline du Casteillas. Son hypothèse fut souvent reprise et développée sans discussion, par les auteurs postérieurs, mais, pour l’instant, outre la rareté des données historiques, silence total des sources écrites.  L'analyse objective des photos aériennes et des indices pédologiques, s’ajoutent à une absence quasi totale de matériaux archéologiques datés de cette époque. Raymond Lizop, dans son ouvrage sur les origines du peuplement gaulois et gallo-romain dans la Haute-Vallée de l’Aude, utilise et commente diverses sources antiques, les applique à ce territoire, mais sans tenter davantage de les recouper plus précisément. Les études plus récentes de Brigitte Lescure et Jean Fourié, concernent essentiellement la réoccupation tardive et l’histoire médiévale et moderne. 
Si le site, son territoire et son passé, vrai ou supposé, ont été, depuis, évoqués dans de nombreuses publications, peu d’intérêt a été accordé au recensement, à l’identification scientifique, à la localisation et à la datation de vestiges archéologiques bien définis, la connaissance et quantification des occupations successives du territoire de Rennes-le-Château repose, en très grande partie, sur des trouvailles fortuites, souvent anciennes, sur les prospections systématiques, menées autour du village et sur l’ensemble du plateau, dans la deuxième moitié du XX eme siècle. 

                L'époque pré et protohistorique  

 Sur le plateau de Rennes-le-Château l'on recense une dense présence aux époques pré et protohistorique, abris et habitat de plein air du néolithique, du chalcolithique, du Bronze ancien, moyen et final, des grottes sépulcrales. On y a recueilli des céramiques et des objets en relation avec ces mêmes périodes, et localisé une occupation dispersée des âges du Bronze et du Fer sur divers points du plateau.
La présence d'un oppidum sur l’emplacement du village actuel, écartée par L. Fédié, est quant a elle admise par des auteurs postérieurs, mais longtemps restée sans références archéologiques, ce n’est que récemment qu’ont été observés, dans le village actuel, des preuves de présence d’un habitat groupé du début du 1er âge du Fer. 
Des vestiges concernant l’époque romaine républicaine, jalonnent de nombreux endroits du plateau, par contre, ceux attribuables à la période impériale y paraissent pour l’instant rares, surtout localisés sur les pentes septentrionales de la colline et dans la vallée. 

                  Les lieux dits et les découvertes

  Dans le bois du Lauzet : De cette zone du plateau, proviennent deux haches plates et une hache de bronze à ailerons, une pointe de flèche à pédoncule renflé du début du premier âge du Fer. Dans la partie méridionale, les prospections ont mis en évidence de multiples indices d’une occupation dispersée, notamment des céramiques modelées attribuables à ces mêmes périodes. Sur plusieurs points, on relève une présence rurale à l’époque romaine républicaine : amphores italiques, céramiques gauloises.. 
A la fontaine des Quatre-Ritous, au sud du plateau du Lauzet, une flèche de bronze à pédoncule renflé, ainsi que des vestiges d’époque républicaine. 
 Au Lagastous, au sud et sud-est du village, sur un périmètre d’environ 3 km, on note la présence d’amphores italiques, de céramique tournée celtique et de meules rotatives en basalte .
    A Pech de l’Ouliou et Les Jendous, on a recueilli des meules à va et vient, en grès et en granit, de la céramique modelée de l’âge du Fer . 
Au  Sarrat de la Roque, vaste espace aujourd’hui inculte, qui s’étend au sud-est du village, vers1990, a été fortuitement mise au jour une tombe à incinération du début du 1er âge du Fer. Le loculus, creusé dans la roche affleurante, contenait trois vases en céramique modelée : le premier abritait des restes humains calcinés, une coupe tronconique servant probablement de couvercle, ils étaient accompagnés d’une coupelle hémisphérique et de divers objets en bronze passés au feu : un anneau et de fines tiges, un fragment de grande épingle terminée par un anneau, une vingtaine de boutons à bélière et une boucle de ceinture ajourée, à un seul crochet.  
  Sur la rive gauche du ruisseau de Couleurs et dans l’abri sous roche appelé Grotte de la Madeleine, de la céramique modelée protohistorique. Sur plusieurs points de ce versant occidental du territoire de la commune, de multiples traces d’occupation dispersée de la fin de l’âge du Fer et de l’époque romaine républicaine, plus nombreuses sur les rives du ruisseau, point de passage facile vers la plaine riveraine de l’Aude. C’est essentiellement dans cette zone qu’ont été recueillies des monnaies antérieures à l’époque impériale ; parmi celles-ci, une très ancienne frappe d’argent ampuritaine du 4eme siècle av. J.C., une dizaine de monnaies gauloises à la croix, dont deux oboles, des petits bronzes de Marseille, deux as romains républicains à l’effigie de Janus, des émissions languedociennes et hispaniques à légendes ibériques.                                   
                  archeologie-1.jpg  Légende photo: Étranges ces  plombs sous forme de livre  et  semblants d'écritures.   
       

                   Rennes historique  du VIII eme siècle à nos jours

    C'est vers la fin du VIII eme siècle que le nom de Redae apparaît pour la première fois dans les textes. En 798, dans un  poème de Théodulphe? Evêque d'Orleans, missi dominici envoyé par Charlemagne dans le midi de la Gaule ("inde revidentes te, carcasona, rhedasque, menibus inferimus nos, cito narbo tuis….")
En 788 et 791, est fait mention du "Pagus Redensis" (Gallia Christina et Histoire Générale du Languedoc, tome 1 page 905). L'appellation "Pays de Razès" désigne à ce moment un vaste territoire, dépendant de l'Evêché de Narbonne qui s'étendait entre Saint-Martin Lys et Cailhavel, englobant les actuels cantons de Limoux, Quillan, Couiza, Alaigne, plus une partie du territoire de Saint-Hilaire et de Fanjeaux.
   Charlemagne désirait subdiviser le vaste territoire constituant  la Septimanie en unités plus petites et mieux définies. Une définition plus précise du Razès carolingien pourrait correspondre au renouveau du peuplement régional, qui se dessine avant la fin du VIII eme siècle. 
Vers les années 778-782, s'installent dans notre région des "aprisionnaires", familles de réfugiés chassés d'Espagne par les Sarrazins. On leur attribue des propriétés à la seule condition de les travailler pendant plus de trente ans.
   Nous pouvons dire qu'à cette époque le "Pagus Redensis" a une relation directe avec l'agglomération. La démarche est identique dans le cas du Lauraguais, avec Laurac-le-Grand, celui du Minervois avec Minerve, mais cela n'implique pas comme ce fut le cas pour les lieux pré cités que Redae fut à ce moment une "ville". Dans les trois cas, ce sont des sites qui occupent une position géographique et topographique particulière, de simples postes militaires.
   A la fin du  IX eme siècle,  se constitue une entité bien plus vaste: le "comté de Rhedez" (Comitatus Redensis, 870-873) qui comprend outre le pays de Razès, le Fenouillèdes, le Pays de Sault, le Capcir, le Donnezan, Le Peyreperthuses, le Termenés et le Conflent.
   Guillaume Bera, puis Bernard, en furent les com 881, l'importance de la ville de Limoux devient prépondérante et n'accorde à Rennes qu'un petit demi-siècle des prééminences. Si le site perché conserve un intérêt stratégique incontestable, le haut Razès ne peut soutenir la concurrence avec le bas Razès, qui lui est bien plus riche sur le plan agricole et compte des localités , des abbayes plus solidement implantées et déjà développées. Limoux en constitue l'agglomération principale tout au moins sur le plan économique, nous avons alors un Razès plus moderne avec des localités telles que Cépie, Alet et Alaigne dont les seigneurs d'Alaigne et Routier se disent vicontes  aux X et XI eme siècles.

                Rennes au Haut Moyen-Age

    Comment imaginer l'organisation de l'agglomération de Rennes au haut moyen-âge? Mis à part la Cité de Carcassonne construite à l'époque romaine et fortifiée, on ne peut imaginer que Rennes  possédait une enceinte fortifiée.
    Ce n'est qu'en 813 qu'est cité "in castello Reddes"  qui confirme la présence d'une maison forte, en grande partie protégée par la falaise naturelle existante sur le côté oriental, plus accessible, on devine l'emplacement d'un fossé. Ce fort ou tour de pierre ou de bois était entouré de quelques dizaines de maisons en torchis.

                 Les châteaux

   En l'an 1002, le site est qualifié de :"Castellum de Rhedae", il possède alors un véritable château. Redezs en 1068, Rhedez en 1070, Reddae en 1125, Castel de Redas en 1130. Jamais cependant le mot de castrum qui signifie  une agglomération fortifiée n'est utilisé.
Brigitte Lescure nous dit  qu'il existe des vestiges de fortifications qui protégeaient le village au XII eme siècle: un bastion, dit "Castel de Valent" (ou de Lebant: château du Levant?) 
   A partir du XI eme et XII eme siècles, les châteaux de Rennes et de Blanchefort sont souvent associés dans l'histoire.
Au XV eme siècle, Rennes est encore siège de baronnie. L'enceinte et le premier  château sont en mauvais état, suite aux croisades et au manque d'entretien. 
Il est fort probable que les bâtiments médiévaux ruinés ont servi de carrière pour construire le nouveau château. Un édifice encore imposant, de plan carré, avec quatre tours d'angle et des fenêtres à meneaux, édifié par les Voisins.  Il passa ensuite, par héritages, aux joyeuses, puis aux Hautpoul. Après la Révolution il fut acheté par les frères Dalbiés puis par les Fatin.

    Au lieu-dit   Les Bals, nous trouvons  des traces de présence diffuse, probablement agricole, à la fin du 2e âge du Fer. 
 Près du hameau de Pailhères : épandage de débris d’amphores d’époque républicaine.
 A Capia est mentionnée la découverte de vestiges « gallo-romains », associés à des scories de bronze considérées comme antiques.

                 La Nécropole méridionale 

    Sur la partie supérieure du versant méridional de la butte sur laquelle est édifié le village, une nécropole à inhumation a été recoupée lors des travaux d’établissement du nouveau chemin d’accès, en 1905. Lors d’un compte rendu d’excursion de la Société d’études scientifiques, en août 1908, le rapporteur, Mr Tisseyre, décrit « un ossuaire qui a plusieurs centaines de mètres, les squelettes sont couchés et superposés sur six ou huit couches, orientés est-ouest, on y a recueilli deux boucles d’oreilles en bronze ».
   On situe cette nécropole dans la boucle formée par l’actuelle route, à une centaine de mètres en contre bas de l’agglomération. S’il n’y a aucune raison de douter de la réalité de l’observation, confirmée par de nombreux témoins, l’étendue et surtout la continuité du gisement a pu être surestimée, l’apparente superposition des corps résultant de leur étagement sur la pente, en l’absence de toute observation postérieure, il a été impossible d’en situer plus précisément les limites et de dater ces sépultures : fin de l’Antiquité ou moyen âge ? 
  Las Rodas, ou Camp de las Rodas, au dessus de la ferme des Labadous, à la base du même versant méridional, l'on trouve des amphores et « boucles de ceinture barbares »  On y a parfois localisé, apparemment en raison du toponyme, la découverte des roues de char en bronze (faite sur la commune de Fa), plus tard celle d’autres objets comme le « timon » de bronze, en réalité un bras de balance romaine, qui pourrait éventuellement être attribué à la localité, car il est dit avoir été acheté à Limoux, en 1804 « à un paysan des environs de Rennes » . 
  Roquefumade, en limite de la commune de Couiza, à plusieurs centaines de mètres au nord ouest de l’agglomération médiévale, L. Fédié signale plusieurs inhumations en coffre de dalles, considérées par lui comme « wisigothiques » . La présence d’autres tombes, autour d’un promontoire rocheux, a été observée plus récemment dans la même direction, à mi distance entre le point précédent et le village ; c’est certainement à elles que L. Fédié fait allusion au sujet de la présence de restes humains, au lieu-dit : La Capello .
    Le Pas du Loup, à l’est du village, à 1 km environ du carrefour du CD. 52 avec le chemin de Jaffus, près du croisement entre ce dernier et l’ancien chemin de Coustaussa, a été depuis longtemps localisé un autre groupe de tombes, d’importance indéterminée. Dans les années 1970, on y voyait encore quelques squelettes d’adultes et d’enfants mal conservés, apparemment inhumés en pleine terre, orientés est-ouest. A proximité de quelques blocs de pierre taillée. Sur la foi de traditions locales (lieu d’une bataille…), cette petite nécropole a d’abord été considérée comme médiévale, mais la présence dans une tombe d’une épingle à double crochet, en bronze, permet de l’attribuer, au moins en partie, à l’époque tardo-romaine .

                Les découvertes dans le village. 

   Lieu-dit : « Château Valent ». Sur cet ancien accès oriental à l’agglomération, quelques vestiges d’époque impériale ont été signalés. H. Fons-Lamothe, dans ses notes inédites, évoque la découverte de quelques céramiques et monnaies « gallo-romaines », sans les décrire et les localiser précisément. 
 Près de la façade orientale du château actuel, daté du bas moyen-âge, on a recueilli des vestiges semblables, mais comme les précédents aujourd’hui perdus ou dispersés. 
   Parking sud-est et terrasses méridionales.  En bordure sud-est du village actuel, des travaux de viabilité ont mis au jour des débris d’amphores italiques, au dessous, ont été recoupées plusieurs fosses de forme irrégulière, qui contenaient, sous une couche de blocs de grès, des restes de faune, des cendres, des débris de structures de cuisson en torchis, associés à des poteries non tournées. A l’ouest, à flanc de talus, sensiblement au même niveau que les structures précédentes, sur une dizaine de mètres de nombreux tessons indique un habitat groupé du 1er âge du Fer.
    Villa Béthanie. En 1996, une tranchée d'assainissement pratiquée dans le jardin attenant, secteur le plus élevé du village, a montré, sous une première couche contenant du mobilier tardif remanié par des sépultures médiévales, la présence d’un niveau d’occupation des 2eme et 1er siècle av. J.C., qui a livré des fragments d’amphores italiques, de coupes à vernis noir campaniennes, de la céramique tournée gauloise de tradition celtique, dont une coupe et un vase ovoïde, associés à un bronze narbonnais à légende ibérique. Dans la mince couche de terre, a été recueilli des tessons indigènes, de la céramique à pâte claire de type ibéro-languedocien, ainsi que deux fragments d'une coupe grecque à vernis noir unie, à pied bas, d’origine attique, ces derniers éléments attestant d’une présence, dont il reste à définir l’importance, vers la fin du 5eme siècle. av. J.C.

                Eglise Sainte Marie-Madeleine. 

   Dans cet édifice roman, fut dégagé au début du XXeme siècle, un support d'autel ancien . Ce pilier carré, en grès, partiellement retaillé à une époque indéterminée pour servir de socle de croix, était décoré sur la face principale d'une croix pattée, accostée de l'alpha et de l'oméga, sur les deux côtés d’un entrelacs. Dans les deux cas, le style rappelle des décors connus autour de Narbonne aux 7eme  et 8eme siècles, mais qui ont pu perdurer. Dans l’église, on y a récemment récupéré un chapiteau en marbre blanc assez érodé, à décor de grappes et de feuilles d’acanthe de même style, qui avait servi de bénitier. Outre les cimetières associés à cette église, dans la partie centrale du village ont été signalées des sépultures à inhumation isolées, le plus souvent sans mobilier.
   Falaise occidentale. A la base ouest de la plate forme rocheuse qui supporte le village, dans une faille entre grès et marne, Auguste Fons, habitant de Rennes, découvrit en 1902 « une couche de deux mètres d'épaisseur de squelettes ». Ce dépôt funéraire fut d’abord considéré comme d’époque antique, mais la mise au jour par Antoine. Fages, en janvier 1928, de silex taillés, d’une flèche en cristal de roche, d’un vase modelé à fond arrondi, comme la position contractée des corps, amena ce dernier à le considérer comme une tombe collective préhistorique, de la fin du néolithique ou du Bronze ancien.

             Ancienne carrière.
 

   A flanc de pente, au sud-ouest de l’éminence supportant le village,  parmi de nombreux déblais et déchets de taille de pierre locale, ont été recueillis quelques tessons d’époque impériale tardive et une bague en métal. On signale deux petites monnaies de bronze constantiniennes qui proviendraient de cette même zone.
Avec ces découvertes, ne peut-on pas affirmer que Rennes, tout en ayant son histoire propre, reste, sur le plan archéologique, un village audois comme il y en a tant d'autres, mais est loin d'être un désert archéologique.                                         

Date de dernière mise à jour : mercredi, 04 Septembre 2013

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