I  Des siècles d'histoire  I

      Cinquième partie        La vie au château – la mort de François d’Hautpoul

   A cette époque, la domesticité au château compte six personnes dont un muletier, qui a pour nom Barthélémy Captier, il est âgé de 37ans et il  habite Rennes depuis 1733.  Au préalable il habitait Campagne-sur-Aude.
     François d’Hautpoul, voit très vite en Barthélémy un homme intelligent, instruit et avisé et l’engage dans un premier temps comme cuisinier en 1737. En 1740, il devient son homme de confiance.
   A l’âge de 50 ans, Barthélémy Captier, qui habite au château, prend pour épouse Marie Tisseyre, fille d’un paysan de Rennes. Ils eurent huit enfants. Nous ne  retiendrons que le nom des deux garçons François, né le 9 mars 1749 et Michel dont on ignore la date de naissance. En 1755, par acte du notaire Debosque, Barthélémy est nommé « Bourgeois de Rennes ». Barthélémy traite alors tout ce qui a trait aux fournisseurs et fermiers. Parallèlement François d’Hautpoul s’adjoindra l’aide de l’abbé Jean Bigou qui aura procuration pour suivre et traiter certaines ventes ou successions.
    La vie se déroule calme et sereine pour les Hautpoul de Rennes qui habitent le château mais sont le plus souvent à Limoux, afin de suivre les études de leurs  filles, quant à leur train de vie, il  ne change guère de celle de paysans aisés.
   Le cadre est austère mais encore bien meublé et décoré, les murs recouverts de boiseries, tentures et tableaux de famille.
   L’ordinaire est souvent composé, de volaille, d’œufs et de gibier à la saison de la chasse. Les produits des métairies, les porcs fournis à titre de redevance procuraient le salé, le lard et la graisse dont on accommodait la soupe et les divers aliments, les jambons et la charcuterie venaient s’ajouter au menu. On consommait beaucoup de légumes, fèves, pois et lentilles dont le pays de Sault et la région de Rennes étaient de bons producteurs. Comme chez tous les paysans de la région, on cuisait le pain. IL y avait au château un four assez imposant.
   Les Hautpoul  cultivaient une vigne à Montazels, et une autre à l’Horte, près de Rennes, celles-ci leur donnaient le vin de table. Les fromages blancs venaient du Pays de Sault, de même que les pommes et les poires. Les noix et les châtaignes, poussaient autour du château.
   Dans la région de Rennes, en hiver et à Pâques  on ramassait des morilles qu’on faisait sécher et des mousserons qu’on trouvait en abondance. On mangeait peu de viande de boucherie, seulement lors de grandes occasions.
   Dans les rapports avec leurs vassaux, les Hautpoul apportaient la même simplicité, ce qui fait qu’ils étaient aimés et estimés de tous.

       Le décès de François d’Hautpoul

   Hélas les beaux jours ont une fin. Une dure épreuve vient frapper la  famille seigneuriale le 17 mai 1753.  François d'Haupoul âgé de soixante trois ans décède subitement à Limoux, dans la maison de Grégoire Fourn, lieutenant au sénéchal. Il sera inhumé en l'église Saint-Martin de Limoux, dans la chapelle de Saint-Sébastien. Le décès de François d’Hautpoul met fin au destin des Hautpoul de Rennes.  Veuve, Marie de Nègre D'Able, reste seule au château avec ses deux dernières filles: Anne, Elisabeth âgée de 18 ans et Marie 14 ans.

   Du vivant de Marie de Nègre d'Ables, le nom d'Hautpoul ne comportera pas de  « T »  afin de le différencier des Hautpoul Félines . Son épitaphe gravée sur la dalle mortuaire au cimetière de Rennes, (épitaphe relevée en 1905 par un membre de la Société des Etudes Scientifiques de l'Aude, est écrite Haupoul, ce qui n’est pas une faute du graveur ou un code secret. De même, Marie de Négre d'Able signera Dables, en un seul mot et prendra un  "s"). 

                Sépulture de François d'Hautpoul 

            hautpoul-st-martin1-3.jpg            hautpoul-st-martin-2-2.jpg  

      Eglise Saint-Martin de Limoux, chapelle Saint Sébastien, aujourd'hui Sainte Catherine, repose depuis 1753 le corps de François d'Hautpoul dernier seigneur de Rennes.
     Au cours de travaux de restauration en 2005, de la chapelle Sainte Catherine, anciennement consacrée à Saint Sébastien, ont été murés deux anciens enfeus, dans l'un, cité dans l'acte ci-dessous reposaient les restes de François d'Hautpoul, baron de Rennes et d'Aussillon, Seigneur du Bézu et Montferrand Marquis de Blanchefort.        
 
 François d'Hautpoul petit fils de Blaise 1er d'Hautpoul , baron de Rennes et Aussillon, seigneur du Bézu a son nom étroitement lié par certains auteurs de l'affaire de Rennes qui n'ont pas hésité à l'associer à la découverte en 1645 par le berger Paris d'un trésor inestimable découvert sur ses terres. Trésor dans lequel il aurait puisé durant des années et se serait enrichi.
                                                                                           

 sepulture-f-hautpoul-2-2.jpg   «L'an mil sept cent cinquante trois et le seizième jour du mois de may a esté enterré dans la chapelle de Saint Sébastien de l'Église paroissiale de Saint Martin, Messire François d'Hautpoul marquis de Blanchefort, Seigneur de Rennes et d'autres places âgé de soissante quatre ans époux de Dame Marie Denègre D'ables. Etant décédé le quiziesme jour du présent mois dans la maison de M. Grégoire Fourn Lieutenant principal au Sénéchal et présidial de cete ville; après avoir reçu les Sacrements. Présens François Regnault et un tonsuré et Pierre Garrigue avec moy. Curé».   

lacte-deces-marie-de-negre-d-ables-1.jpg

 

   (1) Marie de Négre d'Ablès; Dame de Blanchefort, seigneuresse de la paroisse de Rennes-le-Château,est décédée à Rennes-le-Château le 17eme jour du mois de janvier 1781, à l'âge de 61 ans.      


  
En 1674, Antoine d'Hautpoul, seigneur de Rennes, bléssé à la machoire gauche d'un coup de mousquet à la bataille d'Holzen, ordonne par testament le lieu de sa sépulture. Son corps fut inhumé dans l'église du couvent des Cordeliers à Limoux, son  coeur est conservé dans la chapelle de Notre-Dame de Marceille. 

   
                               
  La Révolution a laissé peu de traces

   Après le décès de sa mère en 1781, -Anne Elisabeth d'Hautpoul, appelée Mademoiselle de Rennes,  héritière des biens des Hautpoul vit seule dans l'ancienne demeure familiale.
   En 1792 alors que gronde la Révolution, elle quitte son  château et va à Toulouse chez sa sœur Marie-Gabrielle. Elle emporte le cahier de reconnaissances de 1737. A son retour à Thermidor, ces reconnaissances devinrent inutiles. De cette longue période de terreur, on ignore où elle avait  officiellement élu domicile.
   Nous sommes au printemps 1797. Après quelques temps passé dans sa maison de Limoux, Elisabeth de Rennes, âgée de soixante deux ans, regagne son château, et reprend le cours de son existence antérieure.
  Nous allons alors découvrir la famille Captier. Barthélémy Captier, homme d'affaires du Marquis de Blanchefort, eut deux fils : Michel né 1748, et son frère Pierre né en 1751, qui épousa le 3 février 1773, Mariane Rougé, fille de Laurent Rougé, dit "pastourel". Ils eurent quatre enfants : Jean né le 7 juillet 1773, décédé deux ans après; Marie, née le 7 août 1775; Jeanne le 7 novembre 1777 et Michel le 11 juin 1780., qui sera orphelin du père au printemps 1782. 

   En 1799, Mademoiselle reçoit la visite de ses cousins de Félines. 

  Voici ce que rapporte dans ses mémoires, Armand d’Hautpoul-Félines, alors âgé de 19 ans, qui, accompagné de neveux et cousins de la branche des Hautpoul-félines rendent visite à leur tante.. 

   « Un jour, toute cette compagnie monta jusqu’à Rennes, lieu célèbre, par un vieux château situé au sommet d’un pic fort élevé. Ce château était alors possédé par une veille tante, Mademoiselle d’Hautpoul de Rennes; dernière héritière de la branche aînée de ma famille, et le domaine devait en revenir à mes cousins, Alexandre, Prosper et Charles. 
  Pour aller visiter notre vieille parente, il nous fallut tourner dix fois autour de la montagne qui couronnait son logis.
  Nous vîmes une habitation fort délabrée et la châtelaine, très originale, nous reçut assez frugalement. Mademoiselle de Rennes, vivait donc dans son nid d’aigle, réduite à de petits revenus, et à une maigre domesticité. Elle avait traversé sans dommage irrémédiable, les années d’épreuve et retrouvait son domaine dans l’état ou elle l’avait laissé en le quittant. Rien n’avait été saccagé ni détruit. Au fond, l’opinion publique n’était pas hostile aux Hautpoul et, sauf l’inévitable refus de payer les droits féodaux entre 1790 et 1792, on n‘avait enregistré dans le pays de Rennes, aucune violence contre la seigneuresse ».

     C'est en ces années là, que va apparaître le nom d’une famille qui a pignon sur rue à Couiza: la famille Avignon et plus particulièrement celui de leur fille Julie.  Jacques Avignon, était le fils de Jean, un négociant demeurant à Fougax, au diocèse de Mirepoix qui avait épousé Catherine Baux, demeurant Couiza. De cette union, naîtront dix enfants, dont quatre restèrent en vie : Marie Thérèze, Marie-Elisabeth, Julie et François. Les deux premières filles, firent d’excellents mariages, la première avec un négociant de Rivel, la seconde, un négociant de Lavelanet, Julie était célibataire, et François encore mineur. 
   Jacques Avignon, dit "le négociant" qui habite alors à Couiza, associé a son frère Ambroise, monte un petit négoce. Ayant le sens des affaires, Jacques va très vite faire fructifier son commerce et en  peu de temps, va s’imposer dans la région. A la veille de la Révolution, il est reconnu comme un des plus importants fermiers du Pays, et dés lors, sera catalogué de bourgeois. Jacques Avignon décèdera le 20 février 1803. ,
   Julie, âgée de 25 ans, célibataire qui vivait avec sa mère dans la maison paternelle de Couiza, qui hérite d'une petite fortune personnelle aurait pu attirer les convoitises de prétendants fortunés de la région, mais préféra épouser Michel Captier, un jeune homme de Rennes-le-Château qui ne possédait que quelques parcelles de terre.   
   De leur union qui sera célébrée le 24 février 1805, à Couiza, ils auront 4 enfants. En 1817, un fils François, Eugène, Bienaimé, qui décèdera à l'âge de seize mois, Marie-Eugénie-Emilie, en novembre 1818, Romain-Michel, en décembre 1821, tous deux nés au château et plus tard une autre fille Angéline-Pauline.

 Un mois avant le mariage, au château, en présence d'Elisabeth d'Haupoul de Rennes, qui faisait les honneurs de sa demeure et patronnait l'union des deux jeunes gens, on avait signé le contrat de mariage. La future épouse s'était constituée en dot 9000 francs des droits paternels, auxquels s'ajoutait 1/6e de la métairie de Fontazelles près de Saint-Paul de Fenouillet-du-Razés, canton d'Alaigne, achetée par son père, lors de la vente  le 17 mai 1791 des biens du  monastère de Prouille. 

   Elisabeth de Rennes, privée de descendants directs, qui à connu Michel enfant et à toujours eu à son encontre beaucoup d'affection, le considérant comme son enfant, va modifier ses dispositions testamentaires, établies en faveur de ses neveux de félines et donne à Michel Captier, pour en jouir et disposer dés le jour de leur mariage, des terres qu'elle possédait à Granés, qui lui venaient de son père François d'Hautpoul, ainsi que de la métairie des Boudous à Rennes. Elle modifiera une nouvelle fois son testament en février 1801 et lui donnera la maison et son petit jardin qu'elle possédait à Limoux. Elisabeth ajoutait à ses libéralités un don de 10.000 francs au futur époux, somme qui ne serait exigible qu'après son décès. 
   Pour l'exécution de ce contrat, les parties entendaient se conformer au régime total et renonçaient  à celui de la communauté. Michel Captier avait alors 24 ans et Julie Avignon 26 ans. Si le futur époux est peu soucieux pour son avenir, on décèle chez sa future épouse une personne assez réservée, certes intelligente et méthodique, mais surtout qui a de l'ambition. Leur lune de miel fut de courte durée et la déception rapide.
  Le 5 octobre 1805, les jeunes époux sont cités en conciliation pour une affaire de séparation. Julie qui est enceinte de son premier enfant a quitté le domicile conjugal et se plaint de scènes de violences de son époux.
   Le jugement sera rendu le 7 juillet 1806 par le tribunal qui ordonne la séparation de corps et de biens et condamne Michel Captier à restituer à Julie Avignon 12000 francs.
   Les années qui vont suivre seront marquées par des procès et Michel Captier pour acquitter ses dettes se verra contraint de vendre la maison qu’il possédait à Limoux et la métairie de Boudoux. Dos au mur, il ne lui restait que la maison de Granés, qu'il appelle le château, quelques terres et champs et pratique un petit élevage.
  En 1808 la situation financière de la châtelaine de Rennes devenant critique, elle doit se débattre dans des difficultés sans cesse croissantes et se trouve à la merci du moindre de ses créanciers.
    Julie Avignon que l'on sait ambitieuse et qui a jeté son dévolu sur le château et les métairies, créancière de la châtelaine, veille et ne songe qu'à prendre pied dans la place et succéder à Elisabeth d'Hautpoul.
    Pour preuve de reconnaissance, et afin de conserver la confiance de la châtelaine, elle lui propose d'acquérir les biens à rente viagère et lui promet de l'entretenir désormais jusqu'a la fin de ses jours.
    Le 16 mai 1816 est publié le cahier des charges et les conditions de la vente à l'audience du tribunal. Elisabeth qui a quitté Rennes, se retire à Limoux, probablement chez son neveu Alexandre, et ainsi suivra de loin le déroulement de l'affaire.
   Le 27 Juin 1816, l'adjudication préparatoire tourne au profit de M.Mestre, avoué de Julie Avignon, dernier enchérisseur. Dans les jours qui suivront, Julie Avignon et Mademoiselle de Rennes sont accusées d'avoir passé un bail fictif. Le tribunal dira que l'acte n'étant pas entaché de fraude, sa validité reste entière, et le 2 septembre 1816, M.Mestre sur dernière enchère, se voit adjuger les biens pour la somme de 52320 francs et en fait immédiatement "déclaration de command" en faveur de Julie Avignon.  

       Julie Avignon est arrivée à ses fins,  elle est à présent chez elle dans le vieux château des Hautpoul.

    En 1817, Elisabeth de Rennes qui à élu domicile à Granés, chez Michel Captier, dans la propriété qu'elle lui a donné a son contrat de mariage, n'a conservé qu'un petit troupeau de moutons, 4 paires de bœufs et du petit matériel agricole. On ignore les évènements qui eurent lieu  durant les mois qui précèdent le 7 mai 1817, ce jour là, Mademoiselle de Rennes, dépose une requête au procureur du roi pour privation de ressources. Jugeant les faits inadmissibles, le tribunal ordonne la comparution de Michel Captier et Julie Avignon devant le président, qui le 31 décembre 1818, Juge sévèrement les actes commis et condamne Julie Avignon et Michel Captier à restituer à Elisabeth le cheptel et tous les effets mobiliers qu'ils lui ont pris et l'indemniser de la privation de ces objets pendant environ deux ans. Le tribunal fixe la somme de 3000 francs à payer solidairement à la plaignante.
   Ce jugement sera le dernier acte public ou paraîtra Mademoiselle Elisabeth de Rennes. 
L'opinion publique n'apprécia guerre la conduite du couple.
   La châtelaine fut dés lors ramenée de Granès, dans sa demeure seigneuriale qui ne lui appartenait plus.
  Le 20 mai 1820 à quatre-vingt six ans, abandonnée et ruinée, Mademoiselle de Rennes partait rejoindre ses parents et ancêtres. Une triste fin assez confuse pour la dernière descendante des Hautpoul de Rennes. Quant au époux Captier qui étaient séparés, s'étaient à nouveau réconciliés et avaient repris la vie commune. Julie Avignon décèdera le 2 octobre 1848.

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : jeudi, 05 Septembre 2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site