I  Des siècles d'histoire I

               Deuxième partie  La naissance des dynasties féodales – la croisade 

   A l'époque des premiers Carolingiens, nos provinces étaient gouvernées par des fonctionnaires chargés de l'administration par le Roi, appelés "ducs", dans les régions frontières et "comtes" à l'intérieur. Sous Charles le Chauve, un acte royal, le "capitulaire de Kersy-sur-Oise du16 Juin 877", établit l'hérédité des fonctionnaires, qui s'appela désormais un "fief"Ces ducs et comtes devenus héréditaires au IXe siècle, donnèrent naissance aux dynasties féodales. Au début du régime féodal, IXe siècle, les comtés du futur Languedoc dépendaient de trois duchés:

- le Duché d'Aquitaine (ou de Poitiers) qui regroupait les comtés de Toulouse – Albi- Carcassonne-Razès ou Pays de Limoux- Velay (Haute Loire) – Gévaudan (Lozère) –

- Duché ou marquisat de Narbonne, aussi appelé Septimanie ou Gothie qui regroupait les Comtés de Narbonne-Béziers-Agde- Lodève- Nîmes- Magelone.

- Le Duché de Provence qui regroupait les comtés d'Uzés  et Viviers (Ardèche).

 -Le Duché de Toulouse, le plus étendu et le plus riche des comtés du Languedoc, dont l'importance fut bien marquée lorsque Raymond de Toulouse prit la tête des croisés méridionaux qui participèrent à la première croisade.

                                   La croisade des albigeois

    A l'aube du XIIe siècle s'était répandue dans toute l'Europe, mais surtout dans le midi de la France, une doctrine contraire à la religion catholique que l'on appela l'hérésie cathare ou albigeoise, empruntée aux manichéens et aux ariens qui niaient la divinité de Jésus-Christ, rejetait la hiérarchie ecclésiastique, le mariage et les autres sacrements.
   Elle considérait que l'univers avait été créé et gouverné par deux êtres tout puissants, l'un bon, l'autre mauvais: Dieu et Satan. Dieu principe du bien, régnait sur les esprits qu'il avait créés, ( et la matière, c'est-à-dire la terre et toutes les choses visibles, était l'œuvre de Satan). D'après ces croyances, l'homme était donc une création mixte, formée d'une âme, qui venait de Dieu, et d'un corps, crée par Satan.
   Tout le monde ne pouvait adhérer à une religion aussi sévère, ainsi, les albigeois se distinguèrent en deux catégories : les "Parfaits" qui formaient le clergé, avec ses prêtres et ses évêques, qui observaient une absolue pauvreté et administraient aux fidèles le seul sacrement qu'ils reconnaissaient : "le consolamentum" ; venaient ensuite "les Croyants", qui formaient la masse des fidèles.
   Répandue dans toute l'Europe, cette religion fut dans les états du comte de Toulouse, sur le point de supplanter la religion catholique. Le rôle de l'Église était difficile, car l'hérésie triomphait dans le Midi, et l'Église y avait perdu sa puissance ; les prêtres revêtus du sacerdoce s'étaient laissé corrompre, et cela au moment où serfs, chevaliers et rois allaient en Orient combattre les infidèles.
  le Pape Innocent III, attentif à conserver dans son intégrité la foi chrétienne, ne cessait de stimuler le zèle du Roi de France, Philippe Auguste, et des Evêques pour arrêter les progrès de cette hérésie jugée dangereuse, qui fleurissait dans tout le midi du royaume, et plus particulièrement  dans le diocèse d'Alby.

                    Innocent III prêche la croisade.

     La lutte contre les hérétiques allait s'avérer ingrate. Le succès des prédications était si peu en rapport avec les efforts produits par les légats et les missionnaires des Papes, qu'aux environs des derniers mois de 1204, Pierre de Castelnaud adressa au Pape une supplique pour le délivrer de ses fonctions si difficiles et le rendre à sa solitude de Fontfroide, où ses vœux l'avaient appelé pour la contemplation. Le  26 janvier 1205, Innocent III lui répondit en l'encourageant à continuer son rôle apostolique; " la  lutte, lui dit-il, vaux mieux que la contemplation".
    Alors que le légat manifestait un certain découragement, un évènement inattendu allait surgir, afin de permettre au Saint Siège de ne pas abandonner son œuvre de réconciliation et de conversion des hérétiques.

    Au moment où le parti hérétique menaçait, sous la protection des seigneurs du midi : le comte de Toulouse Raymond VI et son puissant vassal, Raimond Trencavel (tranche bien), vicomte de Carcassonne et de Béziers qui ne dissimulaient pas leur sympathie pour ce parti qui apparaît  sur la terre du pays d'Oc, Diégo de Azévédo, évêque d'Osma accompagné de son sous prieur Dominique de Guzman, venant d'Espagne, chargés par Alphonse, roi de castille, de négocier en Danemark le mariage de l'enfant Ferdinand.
   Les deux religieux arrivèrent vers 1204 à Toulouse et là, ils se rendirent compte des ravages causés à l'Eglise par les hérétiques dont le nombre et la force les impressionnèrent. Ils firent alors le vœu de maitriser cette hérésie et de se consacrer à la pacification du pays. 
    C'est surtout dans la région de Fanjeaux, de Montréal et dans tout le Razés, que s'exerça l'action apostolique de Dominique, là ou l’hérésie avait le plus d’adeptes.
   Puis vint la fondation du couvent de Prouille où le saint, comprenant l'utilité de convertir les femmes et les filles des hérétiques, se chargea de l'éducation de ces dernières après leur conversion.
   En septembre 1906, Foulques, évêque de Toulouse, lui donna l'église de N.-D de Prouille pour y recueillir ces jeunes filles ; la prise de possession eut lieu le 27 décembre 1206 et saint Dominique en fut le premier prieur.
     Après la mort de l'évêque d'Osma,  saint Dominique assuma seul la tâche de plus en plus difficile et ingrate d'une lutte qui ne fut pas toujours à son avantage.
    Le 14 janvier 1208, Pierre de Castelnaud, légat du pape Innocent III, est assassiné près de Saint-Gilles-du-Gard par un écuyer du comte de Toulouse, qui l'avait frappé par derrière avec sa lance. Le légat aura tout de même la force, avant de mourir, de lui accorder son pardon en s'inspirant des paroles de Saint-Etienne : "Que Dieu pardonne, car moi je pardonne", texte de la bulle d'Innocent III qui décrit l'assassinat. Ce tragique fait divers va mobiliser l'Eglise catholique et l'armer de toutes ses forces vives pour combattre les hérétiques et le comte de Toulouse.

   Ce sera le début de la croisade contre les albigeois, et le début de plus d'un siècle de luttes qui vont déchirer le midi. Les violences auxquelles se livraient les hérétiques envers les catholiques avaient excité l'indignation, et on vit alors se réunir en quelques semaines une armée forte de cinquante mille croisés. Le commandement fut confié à Simon, comte de  Montfort, l’un des plus braves chevaliers de la chrétienté. Ces guerres ensanglantèrent la ville de Béziers qui fut prise d'assaut,  mise à feu et à sang le 22 juillet 1209, et le 15 août, la prise de Carcassonne. 

    Au commencement du XIIIe siècle, les comtes de Carcassonne possédaient le Razès et le Pays de Sault. Lorsque Simon de Montfort fut placé à la tête de la croisade contre les Albigeois, il s'empara des terres des Trencavel, et  se qualifiant  de vicomte de Carcassonne, après la mort de Raymond-Roger, se déclara seigneur de Razès.
   Poursuivant sa marche, Montfort fit raser la forteresse de Limoux bâtie au sommet d'un point culminant sur la rive gauche de l'Aude,et s'empara du château de Termes, puis avança sur Coustaussa qui n'opposa aucune résistance, les croisés, qui y avaient établi leur résidence le trouvèrent abandonné par les populations.
   Il alla ensuite faire le siège de la forteresse de Puyvert. Trois jours furent nécessaires pour la forcer à capituler. Cette résistance nous prouve que la construction primitive du château devait offrir à cette époque, des moyens de défense importants. Les croisés saccagèrent alors la ville qui l'entourait. 
   Thomas Pons de Bruyères, compagnon d'armes de Simon de Montfort, reçut par la suite à titre de fief, et pour le récompenser de ses succès militaires, les terres de Chalabre et de Puyvert . (Il ne jouit que très peu de temps du pays conquis, Trencavel II, aidé des comtes de Toulouse et de Foix, reprit possession de ses domaines dans le Razés).
    D'après les chroniqueurs de la guerre contre les Albigeois, ces châteaux du pays de Razès furent les seuls qui fixèrent l'attention des croisés et de Montfort.
    Dans quel état se trouvait Rennes, et quel rôle a-t-il tenu dans cet épisode de la Croisade ? On l'ignore ! Mais tout laisse à penser que si les croisés ne songèrent pas à s'en occuper, c'est que ses constructions féodales avaient perdu l’importance d'autrefois, et que les héritiers des anciens comtes du Razès avaient fixé leur demeure ailleurs. 
    A Toulouse, Raymond VI bien qu'ayant fait sa soumission à l'église fut attaqué et vaincu à la bataille de Muret le 12 septembre 1213. Raymond VI dut renoncer à son comté de Toulouse. Montfort, qui avait engagé la lutte avec deux mille hommes contre plus de quarante mille, remporta une victoire si complète, qu'il devint le maître de tout le Pays.
   Lors du IVe concile de Latran en 1215, le Pape Innocent III, aborda le problème de l'hérésie cathare, soulevé par le Comte de Toulouse qui voulait faire annuler la confiscation de ses terres.
   La majorité de l'assemblée fut contre la proposition du Comte de Toulouse mais favorable pour adjuger les terres spoliées à Simon de Montfort, qui, se trouvant, par droit de conquête, maître des terres du comté de Toulouse, du duché de Narbonne, des vicomtés de Béziers et de Carcassonne. Montfort leur imposa des lois et des coutumes particulières, telles que l'obligation pour tout chrétien de se confesser une fois l'an et pour tout juif de porter des vêtements différents. En même-temps il inféoda  une partie de ceux qui l'avaient suivi dans son expédition.
   Insoumise, la ville de Toulouse se révolta et Raymond VI fit une entrée triomphale dans sa ville le 3 septembre 1217. Le 25 juillet 1218 alors qu'il venait assiéger la ville, Simon de Montfort fut tué par une pierre lancée d'un mangonneau. Son fils, Amaury de Montfort, qui avait hérité de son père cette conquête, lui succède, mais n'ayant pas l'âme aussi bien trempée que son père, ni le génie militaire, ni le charisme, ni l'esprit d'organisation, ne put conserver les terres conquises.
  Après le décès de Raymond VI en 1222, son fils Raymond VII continua la lutte avec acharnement. Raymond Trencavel II, aidé des comtes de Toulouse et de Foix, reprit les domaines dont il avait été dépossédé en 1223.
  Une trêve fut signée en 1224, mais les croisades vont reprendre en 1226. Se trouvant sans chef, Louis VIII organise une expédition moyennant l'abandon des droits d’Amaury de Montfort lui assurant ainsi le rattachement à la couronne les états du comte de Toulouse.
  Louis VIII mourut la même année, mais la lutte se poursuivit pendant deux ans et prit fin par le traité de Paris (12 avril 1229) mettant définitivement un terme à la Guerre des Albigeois.
 Après vingt années de luttes sanglantes, Alphonse de Poiriers, Saint-Louis et ses successeurs firent régner la paix et la prospérité en Languedoc.
Le pouvoir royal s'implantait en Languedoc, les territoires s'étendant du Rhône à la Garonne et de la Méditerranée au Tarn devinrent désormais terres royales.

 

Date de dernière mise à jour : jeudi, 05 Septembre 2013

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