I  Autorité religieuse  I    


                             L'abbé Henri BOUDET  1837 - 1905
                      Curé de la paroisse de Festes et Saint-André de 1866 à 1872                                                   

                     Ces quelques pages extraites de mon livre "Rennes-le-Château, en quête de vérité", ne révèlent aucun message sur l'affaire de Rennes-le-Château. Elles permettent simplement de faire découvrir ce que furent les quelques années du ministère de l'abbé Boudet dans cette cure de la vallée de la Corneilla, avant de rejoindre Rennes-les-Bains.
      Mme Marie Louise Cachelet , nous brosse là, le portrait du prêtre et de la reconnaissance qu'eut après son départ la population de ces deux communes.

          Natif de Saint-André, j'ajouterai qu'en feuilletant " la vraie langue celtique et le cromleck de Rennes -les-Bains" j'y ai retrouvé, dans certains chapitres, dés souvenirs qu'il avait gardé jalousement de ces longues promenades dans les champs et certains bois.  

tombe-boudet-pe-colorise-jpg.jpg

  Jean Jacques Henri Boudet est né à Quillan de parents assez modestes, le 16 novembre 1837. Son père travaillait comme directeur  d’une aciérie à Axat. Il a un jeune frère Edmond né en 1840 qui fut notaire à Axat pendant 21 ans. Après des études classiques au petit séminaire de Carcassonne et ecclésiastiques au grand séminaire, il est ordonné prêtre le 21 décembre 1861. Mgr Alexandre Roullet de la Bouillerie, Evêque de Carcassonne de 1855 à 1873, l’affectera successivement comme vicaire à Durban, le 1er janvier 1862, le 16 juin 1862 vicaire de Caunes Minervois et le 1er novembre 1866 à Festes et Saint-André qu’il quittera pour la cure de Rennes-les-Bains le 16 octobre 1872. Démissionnaire le 30 avril 1914 à la suite de différend avec la municipalité, l'abbé Boudet finira ses jours à Axat, ou il décèdera le 30 mars 1915 à l’âge de 78 ans.                    

  inscription-tome-boudet.jpg   gp-livre-tombe-boudet-colorise.jpg   gp-croix-tombe-boudet-colorise.jpg 

                                                                                                 


   (La tombe de la famille Boudet à Axat)

               Epoque à laquelle l’abbé  Henri Boudet était curé des paroisses de Festes et Saint-André

  saint-andre-1.jpg
  Mme Marie Louise Cachelet, née en 1892, et décédée à l’âge de 97 ans, a connu l’abbé Henri Boudet
 et c’est auprès d’elle, quelque temps avant qu’elle ne quitte ce monde que je me plaisais à l’entendre me parler de lui. Dans sa voix je percevais tout le respect et la reconnaissance qu’elle avait pour cet homme d’église, à tel point, que souvent, j’avais le sentiment qu’il était là dans un coin de la pièce à nous écouter.    Au décès de son père, l’abbé Boudet prendra en charge sa mère et sa sœur Antoinette et s’installera au presbytère de Saint-André, lieu de résidence des curés. Si la demeure était confortable, il n’en était pas de même de son église, dans un état des plus vétuste. Songez que pour soutenir la toiture qui menaçait de s’effondrer, on avait pris soin de mettre en place des troncs d’arbres. Etaient-ils verts lors de leur mise en place ou étaient-ils là depuis longtemps ? Ils avaient pris racine et de belles branches avaient poussé.
 L’abbé Boudet était un homme très intelligent, mais intérieurement très nerveux, toujours préoccupé par ses pensées, jamais content de ce qu’il savait et voulait toujours en savoir plus.

(L'église de Saint-André)

Extérieurement, il était très calme, n’accomplissant que des gestes mesurés et lents. Il parlait peu, mais possédait un esprit clair et dégagé. Il avait le don d’une très grande observation et, de la moindre chose, il avait une excellente faculté d’enregistrement. Son énergie marchait de pair avec ses activités, semblant toujours accaparé, ce qui provoquait chez lui une très grande énergie. Sa nervosité intérieure faisait naître en lui une envie folle de se déplacer, tout en utilisant un environnement assez restreint. Sa forte sensualité parvenait à irriter son entourage, car tout se produisait dans un très grand désordre. S’il était au courant de quelque chose il se sentait obligé d’en parler et se révélait être un homme incapable de garder le moindre secret.
    Voilà résumé quelques traits de son caractère. Mais il y avait aussi le bon côté du pasteur. Boudet avait des dons cachés et notamment en médecine. Il n’était pas rare de le voir se déplacer au chevet d’un malade à Besse, Bellevue, Fabié et autres fermes reculées apporter les premiers soins en attendant l’arrivée du médecin.
   À cette époque, le docteur venait de Limoux (17 km et se déplaçait en jardinière avec la mulle. Boudet, entre autres, possédait des dons de guérisseur et avait une passion pour les abeilles. Il possédait plusieurs ruches dans le grenier du presbytère.
   Autre particularité, ses facultés d’enseignant. Sans vouloir se substituer à l’instituteur M. Bourrel, il n’était pas rare, le jeudi, durant les vacances ou le soir, de voir des élèves chez lui autour de la grande table de la salle à manger, suivre des cours et parfaire leurs connaissances.
   Certains, comme Pierre Estèbe qui deviendra instituteur, Pierre Jammes, comptable à la gare de Perpignan, Zéphirin Chaumond, notaire à Perpignan et un autre Estève qui prendra la soutane ont bénéficié de son savoir et de ses connaissances. On peut dire que Boudet est passé en faisant le bien. Mais il y avait aussi le prêtre qui aimait recevoir à sa table. Les jours de première communion ou de fêtes religieuses, la coutume était de recevoir Mgr de laBouillerie l’Evêque de Carcassonne.

dscf2438-1.jpg

   Ma grand-mère, qui était une fine cuisinière, a souvent servi au presbytère. Pour l’organisation des réceptions c’est elle qui se rendait à Limoux avec le cheval et la charrette pour chercher le repas préparé par les cuisiniers de « l’Hôtel Moderne et Pigeon », ainsi que nappes et couverts pour de grandes fêtes, des bons repas et des discussions très animées, me disait ma grand-mère, car l’abbé était très cultivé et Mgr affectionnait ces rencontres et surtout sa présence.

   

(Le presbytère de Saint-André)

                                                     

           

 

  Mme Cachelet avait un souvenir plus personnel de l’abbé Boudet 

   « En 1911, je souffrais d’une très mauvaise grippe intestinale qui ne voulait pas passer. Ma mère qui, connaissant les soins que prodiguait l’abbé Boudet lorsqu’il était au village, (l’abbé était versé dans l’art de la phytothérapie et plusieurs personnes se souviennent d’avoir été apaisées par son magnétisme), décida de m’amener à Rennes-les-Bains, ou nous avions de la famille. Ce n’était pas plus loin que de se rendre à Limoux. Arrivées au presbytère, je vis, assis derrière un petit bureau, un homme, assez âgé, un petit visage pas trop ridé mais d’une extrême gentillesse.
 Alors que ma mère lui donnait des nouvelles de ses anciens paroissiens, l’abbé se tourna vers moi et me donna une tablette de chocolat d’Annecy.
     Avant de prendre congé, l’abbé donna à ma mère une boîte de pilules « Mil Pills », (des petites pastilles semblables à des grains de Vals), qu’il faisait venir spécialement de Paris, lui recommandant de m’en donner une le midi et le soir. Au bout de quelques jours la mauvaise grippe avait disparu ».

                                                                                              Jean Baptiste Fabié, un autre curé bâtisseur 

annuaire-de-l-aude-1923-013-1.jpg

   Tout aussi émouvants étaient les souvenirs qui lui avaient été transmis par ses parents que me contait Mme Cachelet, et annuaire-de-l-aude-1923-020.jpgconsernaient un autre enfant du pays, Jean Baptiste Fabié, qui fut nommé curé de Festes et Saint-André. 
Jean Baptiste Fabié était né le 1er février 1860 au hameau de Besse. Après avoir été enfant de chœur et suivi des études primaires à Saint-André, il entra au petit et grand séminaire de Carcassonne. Ordonné prêtre, il fut nommé curé de Saissac, Vignevieille et en 1892 à Montfort-sur-Boulzane (Canton d’Axat).
C'est dans cette cure, qu'à l'occasion d'une visite pastorale de Mgr Félix Billard en 1892, que l'abbé Fabié, prit son courage à deux mains et dit à son Evêque :
     « Monseigneur, si vous me mettez dans le village où je suis né, je me charge de reconstruire son église qui est en bien triste état. »
En 1895, Mgr exauça son voeu, le nomma à Saint-André et lui accorda l'autorisation d'aller quêter dans les Corbières, afin de recueillir les fonds pour reconstruire son église.
La recette fut bonne et au bout de quelques semaines, accompagné de quelques propriétaires de Saint-André, on attela mules et charrettes et en route pour rapatrier les matériaux. Le curé, en soutane, les manches relevées faisait l'admiration de tous. Après avoir tombé les pans de murs qui menaçaient de s'écrouler, il passa à la reconstruction. Pour occuper ses rares moments libres, le curé Fabié, apiculteur chevronné exploitait 80 ruches. Très adroit dans le travail du bois, il avait construit des ruches d’un modèle tout à fait particulier et il fabriqua même une machine pour l’extraction du miel. Cette passion pour le travail du bois, il va bientôt la mettre au service de Dieu et de ses fidèles.
 Les travaux d’architecture terminés, l’église ne présentant plus de danger, les paroissiens retrouvèrent leur église, avec quelques bancs en mauvais état, et un vieil autel en bois tout vermoulu. Notre curé posa la truelle et levant les yeux au ciel dit qu’il allait rendre ce lieu digne de celui qui l’habite.
L’abbé Fabié acheta un noyer, qui était planté prés de la fontaine, il le fit débiter en planches et voilà notre maçon reconverti en menuisier. Il réalisa au bout de quelques mois un splendide retable, ensuite un autel, et un tabernacle et enfin un confessionnal.
Ceux qui entrent dans cette petite église ne peuvent que rester admiratifs devant cet ensemble de chefs d’œuvres réalisés par ce prêtre. L’abbé aurait bien souhaité poursuivre son œuvre, mais, découragé par la loi de séparation de l'église et de l'État en 1905, il ne fit pas la chaire, et bien d’autres meubles, alors qu'il avait encore tout le bois nécessaire.

Au fronton de la porte d'entrée, 1897 marque la fin de la restauration et l'inauguration qui donna lieu à une magnifique cérémonie en présence de nombreux prêtres des paroisses voisines qui furent admiratifs face à une telle restauration. Rappelé a Dieu en Juin 1925, tous les prêtres de la région assistèrent à ses obsèques. Dans le chœur, en hommage de reconnaissance, une plaque évoque son souvenir « A notre vénéré pasteur Jean Baptiste Fabié 1860–1925 ». L'abbé Fabié repose près du mur de l’église qu’il avait reconstruite.

                      L'abbé Boudet à Rennes-les-Bains

   Nous avons quitté l’abbé Boudet, à Festes-et-Saint-André et nous le retrouvons le 1er octobre 1872 à la cure de Rennes-les-Bains en remplacement de l'abbé Rescanières. Dans la cité thermale, comme ailleurs, l'époque est propice à la méditation. Une guerre est passée et l'on est loin d'envisager la première guerre mondiale. Le virus de l'écriture atteint les érudits locaux : l'abbé Théodore Lasserre, curé d'Alet publie « Recherches Historiques sur la ville d'Alet et son diocèse en 1877 », en 1880, Louis Fédié, « Le Comté du Razés et le diocèse d'Alet – Notices historiques » - L'abbé de Roquelkaure " l'histoire de la Haute-Valée de l'Aude".
Ces passionnés de notre histoire locale ouvrent ainsi la voie à Henri Boudet qui va consacrer une partie de son temps à une étude sur la linguistique et publie à compte d’auteur en 1886 : "La vraie Langue Celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains" qu’il présente à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse (Il fera cadeau d’un exemplaire à la Reine Victoria d’Angleterre, M. Constantin Cailhol, d’Alet qui se trouvait en mars 1889 à Biarritz rencontre Sir Henry Pinsomby, secrétaire personnel de la Reine, lui remit un billet dans lequel la Reine le remerciait de son livre sur la vraie langue celtique).
   A sa parution, l'ouvrage reçoit de bonnes critiques de la part de certaines sociétés savantes de l'époque, mais critiqué par d’autres qui considèrent l’auteur comme un fantaisiste, un chercheur respectable mais qui n'a pas l'étoffe d'un historien ni du linguiste qu'il croyait être. Ces critiques ne l’affectent guère, Boudet qui n’a jamais reçu de lauriers poursuivit ses recherches sur « L’origine du nom de Narbonne et exemples d’interprétations des mots Gaulois par les racines saxon-nes de l’anglais ».
Ces quelques mots, nous donnent, une image diamétralement opposée de cet homme d’église qui sans ses écrits aurait laissé le souvenir d’un « Saint », d’un bienfaiteur, d’un homme reconnu comme étant un érudit de son temps. Hélas!

   Si la vraie langue celtique ne fut pas unanimement reconnue par les savants de l’époque il y a, ceux qui s’attachèrent à faire revivre cette œuvre qu’ils qualifiaient d’insolite et affirmaient qu’il s’agissait d’un livre codé dont il faut chercher, derrière le sens apparent. Pour ces nouveaux auteurs, nous dirons que Boudet, loin d’être un « plaisantin », était un virtuose de la cryptographie, et ce n’est peut-être pas un hasard s’il a fait graver sur sa tombe dans le cimetière d’Axat, un livre fermé, orné d’un cryptogramme. Pour les chercheurs, la preuve d’un éventuel codage n’a jamais été apportée.
   La publication du livre de Boudet en 1886, chez François Pomiès, imprimeur de Mgr l’Evêque de Carcassonne intervient l’année où Saunière est renommé curé desservant de Rennes-le-Château.

 

            Textes et photos Copyright André Galaup
   

Date de dernière mise à jour : jeudi, 04 Juillet 2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×