I Mes dosiers et archives I

                                                            I Nicolas Pavillon et l'affaire de la Régale I

                                        Nicolas Pavillon (1637-1677) 29 ème Evêque d'Alet

  0212-pavillon-nicolas.jpg  Nicolas Pavillon, naquit à Paris, le 17 novembre 1597, d’une très honnête famille, originaire de Tours. Son père, Etienne Pavillon, avait une charge de correcteur à la chambre des comptes ; son grand-père, Nicolas Pavillon, avait été un avocat célèbre au Parlement de Paris et poète à ses heures. Sa mère, très bien apparentée, était de la famille de la Bistrade.

  C’est dans un intérieur fort simple et même un peu froid d’aspect, malgré l’aisance de ses parents, mais admirablement ordonné et sérieux, que Nicolas Pavillon passa sa jeunesse auprès d’une mère, aimante,  vertueuse et charitable.
  Nous le verrons pas la suite,  évêque, régler sa maison sur ce mode familial, n’admettre auprès de lui, comme sa mère, que des domestiques d’une piété éprouvée, et les associer, comme elle faisait, à sa sainte vie.
    Elève au collège de Navarre, il y fit ses études avec succès et aurait pu choisir une autre voie, son instruction, sa famille, sa fortune lui auraient permis de réussir, mais très vite, il se sentit attiré vers Dieu.
   Ses humanités achevées, il alla suivre en Sorbonne les leçons de théologie, car son ambition était de venir « un curé de campagne ».
   Ses lectures de prédilection dans cette période décisive de sa vie qui vont le forger pour affronter les lutes à venir, furent l’écriture Sainte, nourriture habituelle de Bossuet et  dont il poursuivra l‘étude jusqu'à son dernier souffle. Ensuite Saint-Thomas, Saint-Charles Borronée et le livre de piété de Saint-François de Sales.
Saint-Vincent de Paul, eut une action décisive sur la pieuse jeunesse de Pavillon, et fut son guide à la vie religieuse et l’éducateur de son âme.
Lorsque Nicolas Pavillon reçut la prêtrise, Vincent de Paul le garda auprès de lui et en le désignant à l’attention de Richelieu pour le siège épiscopal d’Alet, ce fut pour Pavillon, qui n’avait pas réussi son vœu de devenir, un curé de campagne » de devenir « évêque de campagne ».
   L’évêché d’Alet, suffragant de l’archevêché de Narbonne, est l’un des moindres de cette grande province du Languedoc qui en comprenait vingt-trois. Le territoire de ce diocèse avait fait partie au moyen âge du comté du Razés et avait été réuni au domaine de la couronne de France, par le mariage  de Philippe, fils de Saint Louis, avec Isabeau, fille de Jacques roi d’Aragon en 1258, quelques temps après Carcassonne et quelques années avant  Toulouse, car, disputé longtemps entre les rois d’Aragon, comtes de Barcelone, et les Trencavel, vicomtes de Béziers et Carcassonne, ce pays situé sur le cours supérieur de l’Aude et aux confins du Roussillon et de la Cerdagne, était en réalité dans la dépendance de l’Aragon.
   C’est ainsi, que le 3 novembre 1639, Nicolas Pavillon arrive dans son village épiscopal. Son diocèse avait été crée au début du XIVe siècle, le 18 février 1318, par une bulle du Pape Jean XXII en Avignon.
   Dés le début de son épiscopat il va prendre la résolution de ne jamais quitter son diocèse,  et il y restera fidèle jusqu'à sa mort.
  Ses voyages seront rares et toujours nécessaires. S’il doit s’absenter, ce sera sur invitation d’un des ses confrères, pour aller prêcher dans une ville voisine.
  Jamais contrairement à certains de ses confrères  il ne fera de voyage à Paris et a la cour, pour prendre le mot d’ordre, et jamais il ne sollicitera ses confères de l’y députer.   Sa place disait-il,  est beaucoup plus loin du roi et peut-être beaucoup plus près de Dieu.
   Ce nouveau diocèse vivait encore à l’époque féodale et la situation morale et religieuse était lamentable, avec des petits hobereaux sans foi ni loi, des prêtres sans vocation ni connaissances, des paysans farouches et débauchés…

 page-du-rituel-romain.jpg  La maison épiscopale était en ruines. Nicolas Pavillon, qui est d’une extrême austérité et l’exemple même de toutes les vertus, va s’installer dans une chambre sans feu et s’identifie à ses deux modèles Charles Borromé et François de Sales.
   Pasteur attentif il va très vite mettre en place son plan de vie et de travail dont il ne s’écartera jamais : il organise des visites particulières et visites pastorales, il parcourt les campagnes, gravit les montagnes isolées, va porter son saint ministère jusqu’au fermes les plus humbles et le plus souvent à pied. Il va interdire les danses indécentes pratiquées le dimanche sur la place, il réclame la pudeur.
   Ayant remarqué la médiocrité de son clergé, il organise des conférences ecclésiastiques et écrit un abrégé de la doctrine chrétienne. Et sur sa lancée, et ses propres deniers il va fonder un séminaire. Pour ces jeunes séminaristes il écrit le « Rituel d’Alet », plusieurs fois édité jusqu'à la Révolution, qui fut approuvé par la plus saine portion de l’épiscopat de France, mais condamné en cours de Rome comme suspect de jansénisme et parce qu’écrit en français.
  Le rituel d’Alet est toute  la vie épiscopale de Nicolas Pavillon, et toute sa doctrine,un travail de vulgarisation qui fut approuvé par Bossuet.

 statuts-synodaux-diocese-d-alet.jpg  

 Comment ne pas être saisi d’admiration face à ce M. d’Aleth, comme on l’orthographiait alors  pour parler de l’évêque du diocèse le plus dénué de France, qui tenait tête à tout pape et roi, dans son obstination à ne pas signer le Formulaire des fameuses cinq Propositions, où il s'agissait pour le clergé français, sous les apparences d'une question beaucoup plus haute et plus vitale; celle de son indépendance à l'endroit de la royauté et de la papauté, qui, au fond , quoi qu'il y parut, menait la royauté, et devait, beaucoup plus que celle-ci, profiter un jour un jour de la victoire.

    Le prétendu Janséniste, l’évêque qui ne fut pas un évêque, le batailleur contre le pape-roi et contre le roi-pape, le défenseur héroïque de la doctrine de la Grace, des règles de la morale et des droits et l’immunité de l’église, repose, au cimetière du village, au pied de la croix de pierre, sous une dalle de granit. Il est devenu après la mort le simple curé de campagne, qu'il aurait voulu être pendant la vie. 

      L'exemplaire "les statuts synodaux du diocèse d'Alet", est celui ayant appartenu à Gabriel Florent de Choiseul-Beaupré (1685-1767),  évêque de Saint-Papoul, puis évêque de Mende

( Photos Rituel romain et Statuts synodaux- © Archives - André Galaup)


                                                      Testament de Monseigneur Pavillon,  Evêque d'Alet

                                                                            Il a vécu 80 ans accomplis, il en a passé 38 dans l'épiscopat.
                                                                                 Il est mort le 8 décembre 1677 à huit heures du matin. 

                                                          Au nom du Père, et du fils et du saint Esprit.


sepulture-de-pavillon-a-alet.jpg   Je, Nicolas Pavillon, évêque d'Alet, ai fait mon testament comme s'ensuit.

Je remets mon âme entre les mains de Dieu mon Créateur, afin qu'après ma mort il daigne la recevoir en sa gloire, par les mérites infinis de Jésus-Christ mon Rédempteur.
  J'emploie à cet effet les intercessions de la glorieuse vierge Marie, mère de Dieu, des anges et des saints du paradis. Je proteste à la face de toute l'église militante et triomphante, que je veux vivre et mourir dans la très sainte foi, et uniquement vraie religion Catholique Apostolique et Romaine.
Je ne veux pas que mon corps soit ouvert après ma mort, et je désire que mes obsèques, se fassent simplement et sans appareil et seulement selon les saintes cérémonies de l'Eglise.  
J'élis ma sépulture auprès de la croix du cimetière de l'église de Saint-André d'Alet et n'entends point qu'on mette sur ma sépulture aucune tombe ni épitaphe.
Je supplie mes exécuteurs, ci après nommés, de vouloir, incontinent après mon décès, me recommander aux prières des gens de bien, et spécialement des bons et vertueux ecclésiastiques; et je remets à leur prudence et à leur charité à régler le service et le nombre des messes, qui se doivent dire pour le repos de mon âme.
   Je désir que toute ma famille soit nourrie pendant trois semaines, après mon décès, aux dépens de ma succession, dans la maison épiscopale.
  Je donne et lègue aux jeunes garçons qui seront  à mon service sans gages, lors de mon décès, à chacun, vingt-cinq écus par an, à compter depuis leur entrée à mon service, jusqu'au jour de mon décès; et je désire qu'en se retirant ils soient habillés de manière modeste, non toutefois de deuil; et mes autres domestiques, qui sont à gage, auxquels je donne  des appointements je leur donne et lègue à chacun une année entière de leur gage, outre par dessus ce qui pourra leur  être  du lors de mon décès.
   Je donne et lègue au chapitre de notre cathédrale les autres chandeliers et le petit bassin de ma chapelle de vermeil doré, pour achever l'entière chapelle qu'il a déjà.
   Je donne et lègue la somme de mille livres, pour une fois payer, au séminaire que j'ai établi en cette ville d'Alet, pour aider à y continuer le service, spécialement la première année après mon décès, désirant que cette somme serve principalement à l'entretien des pauvres séminaristes qui s'y trouvent lors de mon décès ou y seront reçus ensuite, pour servir les églises de mon diocèse.
Je donne et lègue à chacune des cinq plus anciennes régentes de la maison d'Alet, qui seront lors de mon décès, la somme de 200 livres une fois payée, pour aider à les entretenir dans la fonction de la régence et écoles chrétiennes dans mon diocèse durant les deux premières années de mon décès et je les exhorte à continuer leur emploi dans les paroisses de mon diocèse avec l'agrément et l'approbation de ceux qui auront l'administration du diocèse, pendant la vacance du siège et je supplie mes successeurs  de les vouloir protéger et conserver, ayant dans le cours de mes visites, reconnu le fruit des instructions qu'elles font aux personnes de leur sexe.
    Pour le surplus des biens qui pourront rester, après les dits legs acquittés et les charges déduites, en quoi qu'ils puissent consister, droits, noms, raisons et actions, je fais mes héritiers universels les pauvres de mon diocèse, pour leur être distribué, pendant les deux années après mon décès, où  plutôt s'il  se peut, en la manière qui sera jugée la plus convenable, et eu égard aux nécessités le plus pressantes et les plus importantes.
  Et pour faire, tant la distribution de mes biens que pour procurer l'exécution du contenu de mon présent testament, je nomme Messieurs Simon Pélissier, archiprêtre d'Alet, Louis Du Vaussel, chanoine et théologal de la même église et Charles Feydeau ecclésiastique, lesquels je prie de vouloir accepter cette charge, ne voulant point qu'ils soient obligés de rendre compte à qui que ce soit de la dite administration, parce que je me confie à leur fidélité et charité.
   Je révoque tous les autres testaments et codicilles, voulant et entendant que le présent testament, écrit et signé de ma main est son plein et entier effet, comme contenant ma dernière volonté. Je prie Notre Seigneur Jésus-Christ de l'avoir pour agréable et de le faire réussir à sa gloire.
                     Fait à Alet dans notre maison épiscopale, le 9 octobre 1676.
                                   Signé Nicolas, évêque d'Alet

  


             Inscription gravée sur le cercueil de M. l'évêque d'Alet

 Ici repose Nicolas,
Evêque d'Alet.
Il fut le père des pauvres,
Le conseil des personnes de piété,
La lumière et l'appui du clergé,
Le défenseur de la discipline, de la
Vérité et des libertés de l'Eglise.
Arrivé à une sagesse consommée,
Et au comble de toutes les vertus,
Qui lui attiraient les plus grands éloges,
Il conserva une profonde humilité.
Dans tous les évènements
Il fut toujours le même,
Egalement fervent,
Infatigable dans les travaux de l'épiscopat,
Il les soutint avec une patience
héroïque.

 

  pavillon-1.jpg   pavillon-2.jpg  pavillon-3.jpg  pavillon-4.jpg  pavillon-5.jpg       pavillon-6.jpg

          Testament de Nicolas Pavillon           Textes et photos © André Galaup

 

 

 

Date de dernière mise à jour : lundi, 21 Octobre 2013

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×