Histoire et Légendes


                                                                                               DE LIMOUX A PARAHOU-PETIT
                                                         AVEC PANFILO ET SA JUMENT « MAGLORIA»

 
     La veille de Noël tombait cette année là un vendredi. Jamais on n'avait vu autant de monde au marché de Limoux. Les auberges avaient fait le plein. De tous les villages, de toutes les fermes, les gens étaient venus faire leurs emplettes.

   Dans cette foule, il y avait un nommé Panfilo, demeurant une  ferme située dans les parages de Saint Louis de Parahou. Fidèle à la mode des bouviers de son petit pays, il avait revêtu une belle blouse et portait un mouchoir autour de son cou. 
1-7.jpg   Avec sa jardinière et sa jument, il avait descendu deux sacs de maïs, quelques chapons, des canards gras et une dizaine de foies gras. Avec le produit de la vente, il acheta quantité de provisions, de bonnes choses, des tourons et quelques bonnes bouteilles de blanquette et de vin  Anne de Joyeuse. Assez de vivres pour passer un bon Noël et rester bien au chaud si la neige venait à assiéger pendant plusieurs jours.
Ayant beaucoup de chemin à faire, de bonne heure, c'est à dire, en début d'après midi, Panfilo attela « magloria » (sa jument) qu'il avait laissée dans une étable du côté de la place au bois et quitta aussitôt Limoux.

 Dans l'étroit d'Alet de lourds nuages gris écrasaient les montagnes. Quelques flocons de neige venaient choir sur son capuchon, sur les oreilles et la croupe de « magloria ». Deux ou trois petits coups de fouet, la bête prit le petit trot. Ainsi on gagna Couiza.

 Panfilo et son attelage auraient bien pris la grande route directe : la voie romaine de grande communication Carcassonne Roussillon par Rennes-le-Château, le Carla, le Bézu. Ils se seraient arrêtes à l'auberge de la Jacotte où en cette veille de Noël, il devait y avoir bonne compagnie. Puis, par les Tricoires et le col du Moulin à Vent il aurait pu regagner sa ferme près de Parahou Petit. Mais il fallait que Panfilo passe par Rennes-les-Bains pour charger des choses à remonter.

 Tombée de bonne heure, la nuit enveloppait la station thermale et la neige en flocons plus gros recouvrait le sol de quelques centimètres déjà, lorsque Panfilo arriva aux Bains de Rennes. A la lueur de la lanterne, il attacha sa jument à un arbre sur la place et alla rapidement manger un morceau dans la salle du café-auberge ou régnait une atmosphère de rires sonores.

  Demi-heure après :hi !hi ! « magloria ». L'attelage repartait. Par un froid aussi vif, on ne pouvait rester longtemps assis sur une voiture. D'autre part, la neige tombant plus drue et à gros flocons, la marche devenait de plus en plus pénible. La lanterne n'éclairait qu'à une paire de mètres . Là haut, sur le plateau du mas, le vent secouait les buissons. Les arbres s'agitaient prenant les apparences de grands fantômes de la nuit. Au pont du Caïram, la jument s'arrêta net.
  Rien à faire, « magloria » ne voulait plus avancer. Levant le fanal, Panfilo éclairait au-devant de la jument. Brrr ! Un cercueil, en plein travers, barrait la route. Panfilo fut saisi de frayeur. Ses dents claquaient. Il fallait aviser. S'armant de courage, il déplaça le cercueil. Jument et jardinière passèrent. Après quoi, il remit à nouveau le cercueil en  travers de la route. De l'intérieur une voix se fit entendre:
 «  As pla faït de me tornar en plaça, sinon éres mort » (tu as bien fait de me remettre en place, sinon tu aurais été mort).
  Il paraît que beaucoup de voyageurs attardés vivaient la même scène en passant au pont de Caïram.

2-1.jpg Un peu plus loin, avant d'arriver à Bugarach, au ponceau du Rec-des-Fangots, Panfilo entendit des chaînes ? Du fouet, il hâta le pas de la jument.
  A nouveau, après Bugarach, en  passant sous le Pic et les parages du Lauzadel, au pont de Rouffet, Panfilo entendit à nouveau des bruits de chaînes. Cela se produisait souvent dans ces parages hantés. Ces bruits de chaînes dans le silence ouaté de la neige lui remirent en mémoire des choses qui s'étaient passées l y a fort longtemps sur le plateau du « Trauc de la Reilha ».
 Ce pays se situe entre 750 et 800 mètres d'altitude où se joignent les lmimites territoriales de quatre communes. Là, se souvint Panfilo, un homme avait perdu son épouse. Il l'avait portée au cimetière. Or, animé par l'esprit de malfaisance, un voisin revêtu d'une longue chemise blanche flottante venait en agitant et en traînant des chaînes, par les pâturages de nuit, faire peur au veuf . Ce dernier pensait que sa femme revenait lui rendre visite. Lassé et ulcéré par ce manège, il s'écria un soir :
« Mafisa té qui si té torni portar al cimentéri, tornaras pas ». (méfie-toi que si je te ramène au cimetière, tu n'en reviendras pas).

  Le fantôme continua sa pantomime. Le veuf s 'arma d'une fourche, se rua sur le revenant, l'embrocha et le transperça. Panfilo se souvint aussi d'une autre histoire arrivée durant la guerre de 1914-1918. Le propriétaire d'une ferme des parages du Trauc-de-la-Reilha mourut. Hélas, le menuisier de Bugarach était mobilisé. Personne pour faire le cercueil. On monta de la ferme de Linas, une caisse servant à mettre les jambons, les caisses de conservation des jambons ont généralement une forme de cercueil avec toutefois un peu plus de profondeur. Dans cette caisse à jambons ; on enferma la défunte . Avec des vaches et la charrette du domaine du Capitaine, on descendit jusqu'à l'église. Mais le curé était également mobilisé. A défaut de prêtre, un jeune séminariste de Bugarach qui portait déjà la soutane revêtit les ornements du prêtre mobilisé et officia dans les limites de ses compétences sacerdotales avec des enfants de chœur de Bugarach.

  Chemin faisant, tout en ruminant ces veilles histoires, Panfilo arriva à sa maison près de Parahou le Petit, où sa femme et un grand feu de bois l'attendaient. Le temps de mettre « magloria » à l'étable, il s'abandonna dans la douceur du foyer. Après une courte veillée, toute la famille se prépara et partit pour la messe de minuit. Quand ils sortirent, il ne neigeait plus. Par moment, la lune éclairait la campagne. Panfilo eut vite choisi.
« Bah !...le ritou dira pla la messa sen ieu...Anatz i sols...men vau a la démoera de la lébra el trauc de la luna » , (Bah ! le curé dira bien la messe sans moi. Allez-y seuls...Moi, je vais à l'affût du lièvre au trou de la lune).

3-2.jpgA Bugarach, à Saint-Louis de Parahou, A Saint-Just, A Rennes –le- Château, les cloches se mirent à carillonner en cette nuit de Noël, elles se répondaient par l écho dans les montagnes et les vallées.

 Embusqué entre deux genièvres enneigés, Panfilo les écoutait d'une oreille tout en serrant son fusil dans ses mains. La bise balayait la lande, faisant courir de petits filets de neige poudreuse. Là-haut, sur la montagne des fanges, quelques nuages échevelés fuyaient comme de veilles sorcières chassées par le vent glacial. Les minutes paraissaient bien longue. Tout d'un coup, vers minuit et quart, quelque chose trottant menu faisait craquer la neige. Panfilo écarquilla les yeux...bigre !....à quelques mètres contournant le trou de la lune avançait un beau lièvre. D'un magistral coup de bras, Panfilo ajusta. Mais le fusil ne fit que tic !... Le temps de maugréer quelques jurons bien abinés, un deuxième lièvre surgit, mais le fusil ne fit que tic !... Un troisième passa, encore tic...un cinquième traversa et toujours tic !... Toutes les cartouches rataient. Panfilo était furieux. De ses dents, il aurait presque tordu la crosse de son arme. Quand surgit un sixième lièvre à très haute oreilles, haut sur pattes et un tantinet boiteux qui s'arrêta, se dressa sur son séant et d'un signe de patte s'adressa au chasseur : « soun passadas per aqui les autras ? ( les autres sont-elles passées par là ?) , Tiô ! Et deman tornaras pasar per aqui ? ( oui, et demain repasseras-tu par là) , Oh té !...se creses que de Lavagnac tornarai aïci...( Ah oui, tu crois que de Lavagnac je reviendrai ici). C'est dire ci celle-ci venait de loin.

 Panfilo jeta le fusil dans la neige. Pris de remords, il courut, courut. Une étoile le guida vers Saint-Louis. La messe de minuit était à trois quart dite. Quand il se glissa dans les derniers rangs des fidèles, on chantait : « il est né le divin enfant ». Lui à cet instant  fit serment de ne plus revenir à l'affût. Le sincère repentir faisant le bon chrétien, il retrouva la paix dans les merveilleux chants de cette nuit de Noël.

 Depuis le fameux trou de la lune est appelé par les gens du pays le « Trauc de la breischas » (le trou des sorcières »). En fait, il y a , à cet endroit, à 800 mètres environ à l'ouest de Parahou-Petit, plusieurs grandes excavations en forme d'entonnoirs ou de cratères. L'un mesure une quarantaine de mètres de diamètres et semble résulter d'un choc de quelque gigantesque météorite. Une eau noirâtre stagne au fond de ce grand cratère. En raison de sa forme, les gens, autrefois, avaient donné à ce mystérieux et curieux entonnoir le nom de « trou de la lune ». Ce trou de la lune, se situe aux confins de trois communes et au carrefour de chemins: l'ancienne voie romaine, Rennes-le-Château, le Bézu, Caudiés et se croise là avec le chemin venant de Parahou-Petit et allant vers Montplaisir, les Jordis et les Escudiés.
  4.jpgA 200 mètres de là, sur le flanc de la montagne versant soleil, on a découvert un mystérieux ensemble mégalithique particulièrement impressionnant. Les rochers en chaos offrent sur leurs parois une multitude de cercles taillés et ciselés en creux d'un diamètre de 80 centimètres à un mètre.  On y voit incontestablement l'œuvre de l'homme. Au point culminant se dresse un ensemble  rocheux paraissant être une pierre maîtresse à sacrifice avec son sillon d'écoulement et plus loin on pense avoir reconnu l'aspect d'un dolmen. Tout cela dénoterai un culte solaire ou un site de pratiques rituelles magiques ou druidiques.
  Précisément au trou de la lune, on y trouve des fossiles ( certains penseront à l'oursin fossile que les druides apparentaient, à l'œuf cosmique).
  Sans pouvoir l'affirmer, il a donc pu y avoir là un culte druidique ou antique qui expliquerait l'étrange résonance de ces légendes que les gens  de la région attribuent surtout au grand cratère qu'ils appellent maintenant le « Trauc de las breischas » (le trou des sorcières). 

  On dit que las « encantados » la nuit, après que les gens étaient passés, venaient laver leur linge. D'autres disent qu'elles s'y baignaient au  clair de lune leurs longs cheveux mouillés. On dit aussi que ce trou était gardé  par une fée et que personne ne devait s'y aventurer la nuit. Incontestablement ce lieu inspirait la terreur aux voyageurs attardés la nuit. Et selon la légende, la nuit de Noël, toutes les sorcières de la région, viennent de plusieurs lieux à la ronde tenir assemblée à minuit et faite le « sabat » sur la lande, autour du grand cratère.

    Copyright André Galaup
 

 

Date de dernière mise à jour : samedi, 27 Juillet 2013

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