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                  Alphonse MUCHA 14 juillet 1860 - 14 juillet 1939 

                                                  
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   La montée d'escalier qui relie le salon du rez de chaussée aux chambres de la villa Béthanie a longtemps abrité une copie du célèbre tableau d'Alphonse MUCHA " Fleur " 1894 - Panneau dessiné pour "Home Décor", magasin spécialisé dans les articles décorés pour la maison 115 X 190 cm. Étrange et étonnant tout de même ce choix de décoration de l'abbé Saunière.                                                                                                                        

           Alphonse Mucha, génie de l'art nouveau

    Alphonse Mucha naquit le 14 juillet 1860 à Ivancise, une petite ville au Sud de la Moravie; laquelle faisait partie de l'Empire austro-Hongrois, l'actuelle Républimucha-portrait.jpgque Tchèque.
   A cette époque l'Empire Austro-hongrois occupe encore une bonne partie de l'Europe, mais le déclin commence.
Les parents Mucha étaient des petits bourgeois. Sa mère, Amalia, s'occupait de ses deux filles et de ses quatre garçons, parmi lesquels Alphonse-Marie n'était pas le plus facile. Son père, un huissier exerçait ses fonctions au tribunal d'Ivancise, chef lieu de la Moravie du sud.
   Enfant de chœur, puis membre de la chorale de son lycée, Alphonse devint peu à peu violoniste à la cathédrale de Brno, située à une cinquantaine de kilomètres de sa ville natale. Depuis sa plus tendre enfance Alphonse avait aussi la passion du dessin et enchantait ses camarades par ses portraits et ses caricatures.
   Élève médiocre, son père voulut l'orienter vers le séminaire,.un seul entretien avec l'ecclésiastique chargé des admissions suffit pour persuader les deux interlocuteurs qu'il n'était pas fait pour la prêtrise. Son développement artistique ultérieur s'inspira de ses expériences précoces du nationalisme et de la religion Tchèques, particulièrement en ce qui concernait la musique et les décorations d'église.
   Bon dessinateur, Alphonse était aussi bon calligraphe. Son père parvint à en faire un greffier au tribunal ou lui-même était huissier. Bientôt, le nouveau venu prit l'habitude d'enjoliver les registres de la Cour de portraits ou des caricatures des plaignants et des accusés. N'étant pas l'habitude de la maison,.il dut abandonner.
    La chance, qui a un faible pour les jeunes gens doués se manifeste une première fois. A 19 ans, il est engagé par la maison Kautsky-Brioché-Burghardt, spécialisée dans la fourniture de décors aux théâtres de Vienne. Il fait son entrée dans la capitale et va très vite s'initier à la fois à l'art commercial et à la vie si intense de la grande ville et constater que si dans son humble village, la peinture était tenue pour un métier manuel tout juste bon à contribuer à la décoration des églises et autres lieux publics, à Vienne au contraire, le peintre était un membre bien vu de la société dont il pouvait devenir un des rois si son talent était reconnu.
Tout en brossant les décors, il a pris conscience de ses capacités et est bien décidé à devenir un peintre à part entière. La chance, va a nouveau se manifester suite à l'incendie qui conduit ses employeurs à mettre un terme à leur affaire. Il quitte Vienne et s'installe dans un petit hôtel à Mikulov, où il peint des paysages, des portraits, mais aussi effectue des inscriptions de pierres tombales.
   Il est découvert par le seigneur des lieux, le comte Karl Khuen-Belasi, le plus gros propriétaire de la région qui le charge d'effectuer des peintures murales dans son château. Son travail est une totale réussite et Mucha sera accueilli dans la noblesse locale. s'étant acquitté à merveille des taches difficiles commandées par le comte Khuen, celui-ci allait l'aider à accomplir sa destinée. Il lui servit pendant pendant sept ans une rente afin de lui permettre de payer ses études et de subsister.
   En 1885 Mucha entre à l'académie de Munich où il reste deux ans. Mucha a alors 27 ans, l'académie et la ville de Munich n'ayant plus rien a lui donner il décide de partir pour Paris, c'est là qu'il fréquentera de nombreux artistes dont Gauguin. Mucha s'intéresse à la photographie prenant des clichés de ses modèles, se constituant très vite une importante documentation. Il s'inscrit à l'académie Julian et travaille en même temps comme graphiste chez Armand Colin pour gagner sa vie. Il fait également des travaux d'illustration notamment pour la presse (L'Illustration, le Figaro Illustré). Il obtient, grâce à un ami, une place dans une revue spécialisée ; Le Costume de Paris, c'est là qu'il découvre le travail de Steinlen résolument "Art Nouveau". Il a également la possibilité d'aller au théâtre puisqu'il reçoit des entrées gratuites de son employeur.

             Fin 1900 le nom de Mucha synonyme d'Art Nouveau français
   La seconde chance se présente à lui fin 1894. Un camarade lui demande de revoir les épreuves d'un travail important qu'il avait effectué. Alors qu'il était chez l'imprimeur Lemercier pour terminer de corriger les épreuves, le directeur reçut un coup de téléphone de Sarah Bernhardt qui voulait une affiche pour sa pièce, celle-ci devait être sur les murs pour le nouvel an, ce qui ne laissait que quelques jours pour sa réalisation . En cette période de fêtes, Noël approche, seul Mucha est présent, il n'avait jamais réalisé de travail de ce genre, mais il se lança. Son directeur l'amena au théâtre le soir même afin qu'il puisse se faire une idée de la pièce "Gismonda".gismonda-jpg.jpg
    
    Le succès de Mucha débute à la fin de l'année 1894, lorsqu'il dessina dans des délais très brefs Gismonda, la première d'une longue série d'affiches pour Sarah Bernardt.

 Un contrat avec l'éditeur Champenois lui amena de nombreuses commandes pour des affiches concernant toutes sortes de produits et amorça la série extrêmement populaire des panneaux décoratifs intitulée Les Saisons, Les Fleurs, Les Étoiles et d'autres encore

      Deux ans après l'apparition de Gismonda dans les rues de Paris, il exposa 107 oeuvres à La Bodinière et 448 oeuvres au Salon des Cent.  
 Le projet fut accepté le 28 décembre, il fallait passer à la réalisation. Le 30 les affiches étaient prêtes à être collées sur les murs de Paris. Le même jour, on le convoqua au théâtre, il entra dans la loge de Sarah Bernhardt qui regardait l'affiche. Mucha s'attendait au pire, mais en l'entendant entrer, Sarah Bernhardt lui sauta au cou. C'est à ce moment qu'il commence à travailler pour elle. Dés lors, Mucha allait travailler pour elle pendant six ans sans interruption. Très vite, il devint un homme en vue dans le monde artistique international.
   La renommée de Sarah Bernhardt était internationale, le fait de travailler pour elle était une chance inestimable. L'affiche de "Gismonda" plut autant au public qu'à l'actrice, l'époque Art Nouveau commençait. Le contrat signé entre Mucha et Bernhardt donnait l'exclusivité du travail de Mucha, pour le théâtre et à la comédienne, pour le reste il pouvait faire ce qui lui plaisait.
   Les fabricants de parfums, champagnes ou bicyclettes se pressent alors à la porte de Mucha qui peut se permettre de fixer ses tarifs.
Les deux artistes deviennent proches, Mucha participe même à la production de la pièce "La Princesse lointaine" aux cotés de Sarah Bernhardt. Les œuvres de Mucha sont sur tous les murs, de grandes marques telles que les papiers à cigarette Job, les biscuits Lu ou encore le champagne Ruinart font appel à lui.

                    Mucha, un artiste prolifique

   Petit à petit on appelle Art Nouveau le style de Mucha. Il réalise parallèlement des panneaux décoratifs pour les habitations, souvent à partir de ses affiches. Mucha peint des portraits des filles du riche industriel Crane. Un jour, il lui fait part de son projet de consacrer le reste de sa vie à peindre vingt tableaux de grandes dimensions représentant une épopée symbolique du peuple slave et ce depuis l'Antiquité. Crane finit par accepter de le financer, Mucha entreprend alors un voyage d'études dans les pays slaves.
 En 1911 Mucha s'installera à Zbirov, il travaille alors sur ses toiles de six mètres sur huit. En même temps, il réalise des travaux pour la toute jeune Tchécoslovaquie (timbres, billets de banque,…) pour lesquels il ne veut accepter aucune rémunération.
 En 1919, les sept premières toiles sont exposées à Prague, d'autres partiront pour les Etats Unis où elles font sensation. Mucha reçoit alors de nombreuses commandes, notamment pour le Hearst Magazine. Mucha part deux ans en Amérique.
    En 1921, il revient en Europe pour ne plus jamais la quitter. Il va consacrer toute son énergie à l'épopée Slave. Celle-ci sera officiellement remise à la ville de Prague en septembre 1928. Une période troublée, une guerre est passée une autre se prépare. L' Art nouveau est concurrencé, et remplacé par l'Art Déco, et même si l'art de Mucha reste beau, il n'est pas reçu avec la même ferveur.
   Le 15 mars 1939, les troupes allemandes entraient en Tchécoslovaquie. Un des premiers à être convoqué à la Gestapo fut Mucha. Les mois précédents cette arrestation, Mucha avait été atteint d'une grave pneumonie. Pour raison de santé, Il fut relâché après un interrogatoire par la police politique hitlérienne.
    Mucha ne désespère pas de voir son pays à nouveau libre, il meurt des suites d'une affection pulmonaire le 14 juillet 1939. Il laisse derrière lui sa femme Maruska, de vingt ans sa cadette, qui décède en 1959, une fille, un fils et une des plus grandes œuvres de l'Art Nouveau. Il fut enterré au cimetière Vysehrad parmi d'autres célèbres artistes et patriotes Tchèques.

Après avoir dessiné des flacons de parfum, des bouteilles de champagne et des bicyclettes, peint Sarah Bernhardt sous toutes les coutures et imposé un style fait de courbes et de pastels, Alphonse Mucha se lasse de la publicité.
   En 1899, le pape de l'Art nouveau décide d'illustrer la prière du Notre-Père. Mêmes enluminures, mêmes arabesques sensuelles, même fonds décoratifs d'éléments végétaux, sauf que Mucha y ajoute dans ces sept célébrissime versets une envolée mystique étonnante.
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    Le Pater de Mucha, illustré en 1899, à une époque où les relations entre l'Église catholique et la franc-maçonnerie sont hostiles, pose la question de savoir pourquoi l'artiste a ressenti le besoin d'associer ces deux obédiences dans une œuvre qu'il considérait comme l'une de ses plus importantes.
  
L'engagement maçonnique de Mucha n'a pas été facile. Jusqu'à l'âge de 20 ans il rejette même la maçonnerie qu'il considère comme une des manifestations de l'incroyance alors que lui-même était un pratiquant catholique. C'est au cours d'une conversation à Brno avec le comte Khuen, qui avait sur lui une grande autorité morale que celui-ci lui déclara que c'était un honneur de pouvoir être admis parmi les francs maçons. Dés lors, Mucha modifia son attitude.
   Lorsqu'il arrive à Paris en 1886, cette nouvelle curiosité l'amène à fréquenter assidûment les théosophes et les sociétés d'occultisme et de spiritisme de la capitale. Il reçoit beaucoup dans son appartement de la rue du Val de Grâce. En bonne compagnie de l'autre monde, il poursuit ses séances de spiritisme auxquelles prenait part le bibliothécaire de l'École Polytechnique, le célèbre Camille Flammarion et bien d'autres.
En 1897 il effectue les formalités requises en vue de son admission dans une Loge du Grand Orient de France. L'atelier de cette loge est assez militant sur le plan politique, composé de frères qui se battaient pour les idéaux de la République avec souvent des sentiments anticléricaux. Pourtant Mucha n'est pas athée, au contraire, il est non seulement croyant mais catholique et le restera jusqu'à sa mort.
Une adhésion insolite, mais qui reflète la complexité du caractère de Mucha qui restera fidèle à ses deux engagements et ses convictions personnelles qu'il pense "complémentaires", jusqu'à sa mort. 
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     Dans la composition finale pour la page de titre du Pater, disposés en colonne verticale, sept symboles représentent chacun des différents versets du Notre-Père. Ces motifs appartiennent au registre symbolique de la franc-maçonnerie. 
  
 
Reproduction photographique tirée de l'ouvrage, coédité par la Fondation Neumann, Gingins, Suisse et Somogy éditions d'art, réalisé à l'occasion de l'exposition "Mucha. Le Pater", illustration pour le Notre-Père présentée au Musée des Arts décoratifs de Bordeaux en janvier 2004
 
            Textes et  Photos - © Copyright André Galaup
 

Date de dernière mise à jour : mercredi, 16 Octobre 2013

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