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                        Le monastère du Carol en Ariège

  
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      Situé sur le territoire de la commune de Baulou, anciennement "le beau lieu" qui se transforma en "Baulou", le domaine du "Carol" a pris le nom du ruisseau qui prend sa source à deux kilomètres en amont, dans les forêts de Saint-Martin de Caralp à "La font del Capitan". L'origine du nom, "Carol" proviendrait d'une ronde qu'on avait coutume de danser au moyen-âge sur les ponts ou les guets, qui portaient le nom des rivières ou ruisseaux très sinueux qu'ils enjambaient. 

   Jean Bonaventure de Coma, achète le Carol à Anne Jacquette de Montaut, épouse de Célery d'Allens de Foix pour la somme de 17500 francs d'or et d'argent, afin d'agrandir la propriété de sa belle famille, les Vidal. 
   Ce domaine était composé de bois, de champs de culture, de pâturages et d'une tuilerie, qui, victime du modernisme, eut raison au XIXe siècle des petites exploitations, et fermer ses portes en 1855, les bâtiments seront reconvertis en granges et communs.
Jean Bonaventure de Coma, épouse Euphosine, Thérèze Vidal le 23 novembre 1812, ils eurent 9 enfants Bonaventure décèdera le jour de Noël 1855, et son épouse en 1858.
    Deux des enfants, l'aîné, Ferdinand Bruno de Coma, architecte diocésain de l'arrondissement de Pamiers né en 1814 et Louis de Coma, prêtre, ont leur nom étroitement lié à création de l'œuvre du Carol.
     Louis de Coma, né à Foix, le 13 novembre 1822, dans la maison, que Bonaventure, son père, architecte réputé de la ville de Foix, avait fait construire. Après ses études au lycée de Foix, attiré par la prêtrise, au lieu d'intégrer le Séminaire le plus proche de son domicile, Pamiers, Mazères ou Toulouse, il demande à l'Evêque de Pamiers l'autorisation de se faire incorporer au diocèse de Paris, où une place lui est offerte à Saint-Sulpice. Monseigneur, qui doit faire face au manque de vocations dans son diocèse, ne donne pas un avis favorable. 
    Louis ne souhaite pas désobéir à son Evêque et encore moins mettre sa famille,  croyante et pratiquante, dans une position délicate. Louis est beaucoup plus ambitieux. Il rêve de suivre le cheminement religieux de son ancêtre Antoine de Coma (qui entra dans les ordres à Issy les Moulineaux, qui fut fait chevalier par Philippe III d'Aragon en 1599, alors qu'il évangélisait les indigènes dans la compagnie de Jésus.)  et du Père Xavier de Ravignan (1795-1858), entré dans la compagnie de Jésus en 1822, prédicateur à Notre-Dame de Paris.  
 de-coma-devant-monastere-du-carol.jpg   Louis de Coma quitte les siens pour une retraite au séminaire d'Issy les Moulineaux, prés de Paris, où il va apprendre les fondements de la spiritualité, de l’histoire et de la pédagogie sulpicienne. Il quittera cette maison en 1844 pour entrer au séminaire Jésuite de Saint-Acheul près d'Amiens. Envoyé en Belgique dans la maison de Brugelette en 1846, il y fait ses études littéraires, philosophiques, et commence la théologie. 
   En 1847 il est nommé professeur de 5e. Au cours de son noviciat à St Michel de Laval en 1849, il enseigne le français. 
   En fin d'année scolaire 1850,  alors qu'il termine sa théologie, Louis de Coma est ordonné prêtre à Notre Dame de Liesse, diocèse de Soissons dans l'Aisne. 
  Durant les années qui suivront, il enseignera le français à Amiens, Nantes où il partagera son temps entre l'enseignement et la prédication, à Brest, et Poitiers. Le 2 février 1855, Louis de Coma prononce ses vœux et devient Jésuite.
   Comme son modèle, M de Ravignan, Louis de Coma, va pleinement exercer ses talents d'orateur qui le propulsent dans les milieux de la haute-société. Il est reçu dans les salons des marquises et des comtesses dont il devient le confesseur et le directeur de conscience. Plusieurs de ses sermons seront édités, "La France au cœur sacré de Jésus  en 1874 et. " Le Manuel de la Bonne Mort en 1880" 

                                  L'œuvre du Père de Coma

     La compagnie, de Jésus, est un ordre religieux qui a pour but de propager la foi catholique et d'enseigner dans les écoles selon la règle de St Ignace de Loyola. La mission des Jésuites, porte sur l'évangélisation, la justice sociale ainsi que sur l'éducation, mais n'a pas pour mission de fonder des couvents.  Le Père de Coma obtiendra cependant l'autorisation du Père supérieur de créer une œuvre à la seule condition d'en prendre l'entière responsabilité. Un accord concernant les dons fut prévu, une part reviendrait à la Compagnie et l'autre à l'œuvre du Père de Coma.  Louis de Coma va créer l'œuvre de Gethsémanie, qui rappelle la prière du Sauveur dans son Agonie au jardin des oliviers. 
   Bien avant, le Pape Léon X avait inventé l'ingénieux système des indulgences moyennant des dons, les fidèles achetaient ainsi leur billet pour le paradis. Des messes seraient dites en faveur des agonisants, moyennant un don de cent francs par an. Un franc suffira pour être associé à la prière quotidienne pour les agonisants, gratifiée d'une indulgence de cent jours chaque fois.  
   Benoît XIII, avait habilité les jésuites à prêcher l'exercice de la Bonne Mort, avec indulgence. 
    De 1874 à 1878, le Père de Coma va parcourir la France pour prêcher et recevoir des dons en échange de messes et de prières et délivrera des indulgences. 
   L'argent arrive et les travaux du Carol vont débuter en 1880. C'est Ferdinand de Coma, l'aÎné des frères, architecte, qui va concevoir les plans de ce vaste projet qui débute par la construction de la crypte, inspirée de la grotte de l'agonie à Jérusalem, avec un autel en pierre, surmonté d'une statue du Christ agonisant. Sous le Christ; il fir graver le début du texte de la passion de Luc "Factus in agonia prolixius orabat".

bmdc-41.jpg     Face à la grotte, à flanc de colline, la chapelle du calvaire où St Jean et la Ste Vierge sont debout au pied de la Croix, Ste bmdc-45.jpgMadeleine à genoux, embrasse les pieds du Christ et un monumental chemin de Croix, (avant la destruction du Carol, en 1956, l'Evêché de Pamiers le fera transporter à la Reynaude).
    Ce chantier terminé, les ouvriers passent à la construction de la Basilique et du Couvent. L'église est implantée sur un promontoire, au dessus de la crypte, le couvent en contrebas et le cloître face aux cellules des religieux, accolé au transept. Une ferme agricole complétera l'ensemble. 
    A partir de 1879 plusieurs événements vont intervenir. Jules Ferry, ministre de l'instruction publique fait prononcer par décret la dissolution de la compagnie de Jésus. Les Jésuites sont chassés et les maisons confisquées. Louis de Coma se trouve dans une situation critique. Il ne peut poursuivre son œuvre de Gethsémanie et faire partie de la Compagnie de Jésus.
   En Août 1882 il envisage un projet de donation avec la Congrégation du Saint-Esprit. Le 26 avril 1885 est signée la promesse de donation sous le terme de Convention. Louis de Coma fait don des meubles et immeubles et se réserve le droit de toutes modifications portées aux constructions. Marie Carbonne et sa sœur Claire de Coma, propriétaires par indivision du domaine de Carol, cèdent leurs terres au profit de l'œuvre, et versent 40 000 francs à l'œuvre de Gethsémanie et doivent fournir des prêtres pour dire les messes promises aux bienfaiteurs. 
Le Père de Coma a alors en tête de créer une école apostolique. La destinée du Carol est confiée à l'abbé Louis Lambert, dont il voit le digne successeur de son œuvre.

    Passons sur les multiples ennuis rencontrés durant les années qui vont suivre.  La deuxième guerre mondiale gronde. Le monastère qui est abandonné remplit à sa façon un rôle apostolique en cachant les résistants et les évadés des camps de travail. Moins respectueux les jeunes y organisent des soirées. En 1939 ont lieu les premières profanations des tombes de la crypte. 
    En 1954, le vicaire général Loubés informe le Procureur des actes commis.
   En 1956, la Société Civile Immobilière Ariégeoise met le domaine en vente. M. Baurés se porte acquéreur. L'évêché signe la promesse de vente à condition de "Démolition complètement toutes les constructions ayant un caractère religieux". 
    En novembre 1956, les charges d'explosifs provoquent une déflagration énorme, les murs du monastère n'ont pas bougé, seules les statues de la basilique sont au sol, mais intactes. Quelques mois après, un entrepreneur, M Vettor, intéressé par les belles pierres, se porte acquéreur des bâtisses auprès de M.Baurés et fait exploser  l'ensemble qui, en quelques secondes est couché sur un linceul de neige.

    Le père Louis de Coma qui durant son adolescence et sa vie de religieux, avait eu à affronter des difficultés de toutes sortes, pensait qu'en ayant aménagé sous l'autel de la crypte, son tombeau, il allait reposer en paix pour l'éternité. Il n'en fut rien. Sa sépulture fut violée, profanée, la grotte saccagée, les dépouilles des restes des autres membres de sa famille dispersés. On devra procéder à une nouvelle inhumation. Ces dépouilles, se trouvent aujourd'hui au cimetière de Baulou à gauche du Monument aux Morts, sur la tombe est déposée la pierre qui fermait le caveau dans la crypte.

bmdc-32.jpg       Que reste-t-il aujourd'hui de l'œuvre du Père de Coma et de l'ancien monastère du Carol? Des pans de murs en ruines, un 

bmdc-16-1.jpgancien calvaire abandonné, caché par la végétation, des ronces et des branchages qui obstruent l'entrée de l'ancienne grotte, des tombes saccagées, un autel ou est posée une statue de Marie Madeleine avec ses attributs et où malgré l'interdiction de pénétrer sur le domaine devenu privé, certains  bravent l'interdit et viennent y déposer un petit bouquet de fleurs champêtres et allument un cierge.

    Mais alors, pourquoi le Carol, intéresse-t-il autant les chercheurs et plus particulièrement ceux de Rennes-le-Château? La curiosité!
    A Rennes-le-Château, ces quelques lignes: "le père Louis de Coma aurait profité des largesses de l'abbé Saunière pour construire son monastère au Carol, et que, lorsqu'il se rendait visite à sa famille à Perpignan, faisait une halte à Rennes-le-Château pour participer au décryptage des parchemins", ont faire couler beaucoup d'encre. bmdc-22.jpg
    Certes, on comprend que certains, à l'imagination débordante, vont faire des rapprochements entre ces deux lieux, ces deux affaires et ces deux religieux, mais cel suffira-t-il pour voir une collaboration amicale et financière.

                            L'histoire du Carol en quelques dates

- En 1879, âgé de 27 ans, Bérenger Saunière, originaire de Montazels (Aude) est ordonné prêtre et va exercer son ministère comme vicaire de l'église Notre-Dame d'Alet-les-Bains. Cette même année, le Père Louis de Coma, quitte la compagnie de Jésus. Les constructions du monastère du Carol étant en voie d'achèvement, il va consacrer tout son temps à l'œuvre de  Gethsémani.qu'il a fondée. En 1885 alors que Saunière est nommé curé de Rennes-le-Château, les Pères du Saint-Esprit sont les nouveaux propriétaires de l'œuvre de Gethsemanie.
  - En 1887, Saunière fait procéder à la démolition de l'ancien autel de l'église Ste Marie-Madeleine de Rennes. Dans une petite cavité, d'un des piliers supportant la table d'autel, sont posés de petits parchemins (certainement les actes de consécration de l'église ou de l'autel). Cette année là, le Père Louis de Coma enseigne le français au collège de Nantes et est prédicateur.
    - En 1890 Louis de Coma est nommé curé de Baulou.
     Alors que le Carol est terminé depuis 15 ans, peut-on dire que "le père Louis de Coma a profité des largesses de l'abbé Saunière pour construire son monastère au Carol, et que lorsqu'il se rendait à Perpignan visiter sa famille, faisait une halte à Rennes-le-Château pour participer au décryptage des parchemins?
    - La famille de Coma, établie à Perpignan en 1542 comptait plusieurs ancêtres qui ont occupé de très hautes fonctions sur le plan religieux et dans l'administration.                Leur fidélité à la monarchie est clairement affichée par Miquel Coma y Serra, député du Roussillon qui est arrêté par les Républicains en 1793 et par Joseph de Coma, officier de Carrière.
   La famille de Chambord ne les oublie pas d'où sa générosité, 4000 francs Or pour les œuvres du Père Louis de Coma 3000 pour l'abbé Saunière qui a été muté et suspendu de traitement pendant un an pour avoir incité les fidèles à voter contre les Républicains aux élections d'octobre 1885.

     En creusant bien, on peut trouver des similitudes entre l'église de Rennes-le-Château et le Baulou qui sont placées sous le vocable de Marie Madeleine, que Saunière et le Père Louis de Coma ont la maladie de la pierre,  leurs constructions nous en donnent la preuve, les deux grottes, avec tout de même un détail, Saunière à construit une grotte mais n'a jamais pu mener à terme son vœu, de  faire de Rennes-le-Château un haut lieu de pèlerinage à la gloire de la Sainte.
- Que Louis de Coma avait fait éditer des cartes postales du Carol, Saunière en a fait de même à Rennes.
-Au Carol comme à Rennes les dons et intentions de messes, ont financé une grande partie des travaux de la construction.

                                                                                                   Généalogie abrégée de la famille de Louis de Coma

 maquette-le-carol-de-molinier-1.jpg     Guilhem COMA venu de Berga, Espagne sous Louis Philippe II roi de Castille et d'Aragon en 1542,  s'établit à Perpignan.
      En 1562, Pierre Coma est envoyé au Concile de Trente comme représentant d'Arias Gallego, Evêque de Gérone. Agrée par Pie V, il sera Evêque d'Elne en 1569.
     En 1599 Antoine de Coma est fait chevalier par Philippe III, roi d'Aragon et de Castille ,Il fera ses études théologiques au séminaire d'Issy, puis entre dans la Compagnie de Jésus.
                                                          ***
       Domenech Coma y Boneu épouse en 1685 Maria-Angela Laffont y Domenech et eurent six enfants

       Domenech Coma y Laffont, né à Perpignan en 1701, épouse en 1730 Maria Serra y Coll et eurent trois enfants:  Miquel Coma y Serra-Avocat est député du Roussillon étant royaliste, il est arrêté par les Républicains en 1793)  -  Victoria Coma y Serra , prend le voile des clarisses au monastère Ste Claire de Perpignan - Domenech Coma y Serra né le 2 octobre 1740  à Perpignan, nommé Consul de la ville de Perpignan épouse Maria de Pont y Esprer. De cette union naquit:  
     Joseph y de Coma y Pont, né à Perpignan en 1771- décède et 1874 - Officier de Carrière, (royaliste)
     Jean Joseph Bonaventure de Coma, né à Perpignan le 11 févriers 1774.
                                                                                                    

  

        Bibliographie 

      - Le Monastère dynamité : histoire du Carol, près Baulou - La vie du révérend père de Coma, par Monique Dumas et Jacques-François Reglat-
      L
a Truelle, Moulis, 1995.  
      - 
Archives personnelles et entretiens avec des habitants de Baulou.

      - Maquette en bois du Carol réalisée par M. Molinier

       Copyright André Galaup

                                                                                              

 

Date de dernière mise à jour : mercredi, 07 Août 2013

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